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La
biodiversité : un enjeu mondial, une question de société...
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La disparition de l’esturgeon et la raréfaction de certains poissons migrateurs, l’invasion des
Jussies, les diatomées indicatrices de qualité des eaux ou l’évolution du nombre d’espèces de poissons dans la Seine, autant de recherches menées au Cemagref qui rejoignent la question de la diversité biologique.
Mais qu’entend-on par biodiversité exactement ?
De quoi parle-t-on ? Comment un
institut de recherche finalisée tel que le Cemagref se saisit-il de cette question ?
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| Ce dossier présente une réflexion et des exemples des recherches qui y sont menées.
Depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, qui faisait suite à la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Stockholm en 1972 et au rapport Bruntland « Our Common Future » (1987), la biodiversité est
reconnue comme patrimoine commun de l’humanité. Alors que nos activités la réduisent de jour en jour, son devenir est désormais une question centrale pour l’évolution de nos sociétés. |
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Les
chercheurs témoignent...
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La biodiversité, moteur du vivant. |
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Jean-Jacques
Brun
DR
écologie terrestre, Grenoble, Membre de la commission
scientifique de l’Institut Français de
la Biodiversité |
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La biodiversité représente pour moi un " réseau complexe d'espèces et d'habitats en interdépendance ". Elle est le " moteur " du Vivant, la source et le gage de la pérennité des autres ressources. Désormais les scientifiques du vivant savent que la simple connaissance de la
présence et absence d'espèces est insuffisante. En effet les caractéristiques et le fonctionnement des écosystèmes sont également déterminées par les interactions entre les espèces.
A partir de là, pour les chercheurs des EPST comme le Cemagref, le défi réside dans la capacité de comprendre et de prédire le comportement des systèmes écologiques et des sociétés. Nous nous intéressons en particulier aux réponses des systèmes écologiques aux pressions externes et à la perte de biodiversité, ainsi qu’aux conséquences économiques et sociales induites par la perte de biodiversité.
En définitive, il nous faut comprendre les liens étroits existants entre changements de
biodiversité-fonctionnement des écosystèmes-coûts sociétaux et à partir de là proposer les gestions qui minimisent les surprises écologiques et valorisent les aménités.
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| Quelle biodiversité pour les générations futures ? |
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Philippe Boët
DR hydrobiologiste Antony
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La biodiversité a longtemps été considérée sous le seul aspect richesse en espèces. En réalité la biodiversité s’applique au gène, à l’écosystème ou au paysage, ainsi qu’à la complexité du monde vivant en général. Sur le plan scientifique, on peut dire que la richesse actuelle du vivant est un résultat de l’évolution qui nous donne un potentiel d’évolution pour demain, mais on ne peut pas aller beaucoup plus loin à mon sens. On a longtemps cru que les progrès de la science apporteraient les réponses sur notre futur . Appliqué à la biodiversité notre question aujourd’hui c’est : « quelle diversité nous voulons laisser aux générations futures ? ».
Les réponses sont multiples et contradictoires : une nature en « bonne santé » où les saumons reviennent dans la Seine, où les cours d’eau sont de « bonne » qualité écologique ? Une nature « musée » ?
Une nature « efficace » répondant à nos besoins ?
Certes la science nous permet de mieux comprendre et « maîtriser » la nature, mais pour quel objectif, pour quelle nature ? Elle ne peut pas faire l’économie d’une réflexion philosophique et d’une approche pluridisciplinaire. Les modèles sont par ailleurs des outils de simulation de la complexité qui pourront nous aider à explorer différents scénarios.
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| Le réchauffement contre la biodiversité des diatomées ? |
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Michel Coste
DR hydrobiologie Bordeaux
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On estime le nombre d’espèces de diatomées, ces algues microscopiques indicatrices de la qualité des cours d’eau, à plus de 100 000 et 3 à 400 nouvelles espèces sont décrites chaque année. Leur diversité reste très fluctuante car elle varie avec les habitats, la géomorphologie et les sources de nutriments. Les risques de prolifération d'espèces nuisibles, introduites par des oiseaux migrateurs ou d’autres organismes aquatiques existe, mais au contraire des Cyanobactéries et des Dinoflagellés une seule espèce toxique est connue chez les diatomées d'eau douce. Des changements importants dans la composition des communautés de diatomées sont perceptibles sur les vingt dernières années et nécessitent des révisions des indices de qualité. Le réchauffement peut favoriser la prolifération d’espèces adaptées et à terme appauvrir la biodiversité. Dans vingt ans, la microflore de nos cours d’eau ressemblera probablement à celle des rivières d’Espagne.
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L’écologie fonctionnelle pour les cours d’eau. |
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Bernard Dumont
hydrobiologiste Aix en Provence
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En terme de gestion des milieux, la question de la biodiversité est celle de l’écologie fonctionnelle. Cette dernière a beaucoup évolué grâce aux bases de connaissances et de données et à la modélisation. Nous pouvons faire du changement d’échelle en passant plus aisément de l’individu au peuplement. La systématique se veut désormais fonctionnelle, c’est à dire que les identifications des taxons sont couplées à des mesures de leur ambiances de vie. On tente ainsi de mieux identifier causes et effets qui permettront de fournir les clés des actions de restauration et de protection. On s’intéresse à la fonction des espèces depuis plus de vingt ans et aujourd’hui on développe la prédiction. Il existe plusieurs types de perturbations et de pollutions. Dans l’équipe, nous nous intéressons aux mécanismes écologiques réglant la structuration biologique. Dans l’eau courante en effet les contraintes physiques influent énormément sur l’assemblage des populations. La physionomie de chaque cours d’eau cours d’eau gouverne par exemple sa capacité à digérer les flux polluants. Il y a encore beaucoup à faire pour construire une théorie « fonctionnelle » des cours d’eau qui nous aidera à définir les actions à mener. Les moyens à rassembler sont par nature de type interdisciplinaire ; ils ne sont pas encore à la hauteur des attentes de la gestion.
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| La biodiversité en forêt. |
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Frédéric Gosselin
CR écologie terrestre Nogent sur Vernisson |
Nous travaillons sur la biodiversité en forêt, une question importante après le sommet de Rio, mais aussi la stratégie européenne inter-ministérielle sur la protection des forêts. Nous avons mené plusieurs projets de recherche, notamment à Montargis et en Seine et Marne, comparant l’évolution de la biodiversité floristique et entomologique de forêts soumises à plusieurs modes de gestion. Par exemple, en Seine et Marne, nous avons comparé futaie régulière de chênes, peuplements de tremble et de bouleau issus de coupe non gérées par la suite, petites coupes dans des futaies irrégulières. La futaie régulière de chênes est globalement plutôt favorable à la diversité floristique de pratiquement tous les groupes écologiques étudiés, sauf des bryophytes qui préfèrent manifestement les peuplements de bouleau et tremble. Si ces résultats se confirment - par des analyses à plus large échelle -, une alternance de peuplements réguliers gérés et peu gérés constituerait une stratégie intéressante à promouvoir pour le maintien de la diversité de la flore. Les peuplements irréguliers ont probablement aussi leur intérêt, mais pour d'autres groupes taxonomiques.
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| Des biodiversités, entre Nature et Société |
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Philippe
Cozic,
DR agro-écologue, Grenoble,
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Lorsque l’on parle de biodiversité on pense d’emblée à des savoirs de spécialistes des sciences de la nature : botanistes, ornithologues, écologues,…Déjà, entre experts, les visions de la biodiversité peuvent être différentes : biodiversité végétale, animale (insectes, oiseaux, mammifères, bactéries,…), biodiversité spécifique, diversité génétique, etc…. Ainsi, nous nous intéressons à la diversité végétale des pâturages de montagne, en termes de richesse en espèces, de rareté et de rôle fonctionnel rempli par ces espèces au sein des écosystèmes. De fait, il y a plusieurs lectures possibles de la biodiversité dans un même espace.
De plus, les objectifs de biodiversité que l’on va retenir sont parfois difficilement compatibles. Ainsi l’objectif d’accompagner le retour du loup dans les alpages en tant qu’espèce patrimoniale peut aller à l’encontre de la préservation d’écosystèmes prairiaux écologiquement riches, intimement liés au pâturage des troupeaux.
Par ailleurs, que ce soit pour le choix d’objectifs de préservation de biodiversité sur un territoire, ou pour la mise en œuvre d’actions de gestion de cette biodiversité, on ne peut dissocier l’approche naturaliste de la perception que peuvent avoir de la biodiversité les différents acteurs impliqués (agriculteurs, chasseurs, touristes, gestionnaires d’espaces, collectivités,…). C’est en effet avec ces acteurs de la société que les choix doivent être faits pour gérer des biodiversités au sein des territoires. La biodiversité est donc un concept entre Nature et Société.
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Patrick
Blandin, Professeur du Muséum national d’histoire naturelle, ancien directeur de la Grande Galerie de
l’ Évolution, qui fut membre d’une commission spécialisée du Cemagref ainsi que du comité scientifique et technique
nous livre ici son point de vue sur la biodiversité et quelques unes des grandes questions qu’elle soulève aux sociétés aujourd’hui. Des scientifiques de divers horizons nous
font partager aussi leur vision de la biodiversité telle qu’ils la traversent dans leurs recherches quotidiennes au
Cemagref. Une question transversale à nos thématiques.
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Quelles notions recouvre la biodiversité ?
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Le terme
« biodiversité » évoque la diversité des espèces à la surface du globe.
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Titre d’un colloque tenu aux USA en 1986 et du livre qui en est issu en 1988, ce terme s’est répandu dans le grand public après le Sommet de la Terre.
Si la notion de diversité des espèces au sein des écosystèmes remonte aux années 40, la diversité du vivant s’appréhende aujourd’hui de façon plus complexe : on distingue la diversité écologique qui correspond aux différents milieux dans un paysage, la diversité en espèces d’un écosystème et enfin la diversité génétique au sein d’une espèce, distribuée entre différents individus. Ces trois niveaux de diversité sont tous à prendre en considération, car ils sont interdépendants.
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Un débat se développe dans les années 60 : la diversité des espèces dans une communauté garantit-elle sa stabilité ? Les controverses se poursuivent jusqu’à la fin des années 70. En fait, dans une perspective évolutionniste, l’important est de constater que la biodiversité actuelle est héritée de l’histoire et constitue l’unique potentiel d’évolution pour l’avenir. |
D’où l’inquiétude provoquée par la disparition des espèces, qui a pris une nouvelle dimension dans les années 80, avec l’ampleur des pertes liées notamment à l’intense déforestation des forêts tropicales : on a alors commencé à parler de « crise » de la biodiversité. Cette prise de conscience a permis la signature, au Sommet de la Terre, de la convention internationale sur la diversité biologique. Cet évènement remarquable dans l’histoire de l’humanité n’a pas clos pour autant un débat complexe, où se confrontent les points de vue sur l’importance de la biodiversité, sur ses usages possibles, sur son appropriation…A travers le monde, selon les situations culturelles, sociales et économiques, les points de vue sont divers, voire divergents. Les pays « du Nord », s’ils revendiquent légitimement un rôle pionnier dans la conservation de la nature, ne peuvent occulter leurs responsabilités dans la crise de la biodiversité, y compris dans les pays « du Sud ». Ceux-ci, de leur côté, posent la question de l’appartenance des richesses, effectives ou potentielles, que représente la biodiversité portée par leurs territoires.
Comment les scientifiques se situent-ils dans le débat ?
| Schématiquement, deux courants émergent. Pour de nombreux scientifiques, notamment des systématiciens, des biogéographes, des spécialistes des inventaires, c’est la biodiversité dans sa totalité qui compte, chaque espèce étant importante. Pour d’autres, principalement des écologues, la question centrale est celle des fonctions de la biodiversité, ce qui conduit à se demander si toutes les espèces sont indispensables. Cette interrogation ouvre la porte à l’idée que des espèces pourraient être inutiles, et ne mériteraient donc pas que l’on s’impose de les conserver. On est ainsi en présence de deux cultures, voire de deux idéologies. Sollicités pour aider la décision publique, les scientifiques peuvent donc apporter des éclairages différents,
parfois contradictoires. |
Comment aborder la biodiversité entre connaissance scientifique et projet de société ?
Depuis l’ouvrage fondateur de Linné (1758), seulement un million cinq cent mille espèces ont été identifiées et nommées. Or il y en aurait 10 millions, voire beaucoup plus ! Nombreux sont ceux qui pensent qu’au rythme actuel des destructions beaucoup d’espèces vont disparaître avant que les scientifiques aient pu les inventorier.
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La question qui se pose dès lors aux humains est : « sachant que la biodiversité diminue, que voulons-nous en faire ? » et le débat oppose les tenants du « tout être vivant a une valeur en soi et mérite respect » et ceux du « un être vivant ne nous intéresse que s’il rend des services aux humains ». L’apparition de cette notion, très anthropocentrée, de « service rendu » par la biodiversité est assez récente. Qui décide alors de l’utilité ou de l’inutilité, de tel gène, de telle espèce, de tel écosystème ? Inévitablement, la biodiversité soulève des questions philosophiques, éthiques, interférant avec le champ du spirituel et du religieux.
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Face à cela, la responsabilité des scientifiques n’est-elle pas d’expliquer en quoi et comment la biodiversité peut être un potentiel d’évolution, aux différents niveaux d’organisation auxquels elle s’appréhende ? |
La nature est en perpétuel changement. Le vivant s’adapte et grâce à cela survit, et ce parce qu’il est divers. Si nous diminuons la biodiversité, ne réduisons-nous pas le potentiel d’adaptation et donc d’évolution ?
Mais, poussée à l’extrême, une vision
« conservationniste » ne serait-elle pas contradictoire, car fixiste ? A-t-on des références dans le passé pour définir pour l’éternité ce que serait, dans un territoire, la « bonne » biodiversité ? Comment porter un jugement sur l’arrivée, spontanée ou provoquée, de nouvelles espèces dans une région ? C’est pourquoi certains plaident en faveur d’une « éthique évolutionniste » qui serait à inventer, d’une approche philosophique qui permettrait de donner une valeur éthique au changement ou à l’évolution.
| « Avec quelle biodiversité voulons-nous vivre demain ? »
serait alors la vraie question.
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| Le devenir de la biodiversité apparaît ainsi comme un élément essentiel de tout projet de société, projet construit au travers de débats assurant la confrontation des idées, dont celles que les scientifiques doivent apporter, grâce à une connaissance croissante –mais jamais achevée – de la biodiversité.
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Accès
aux exemples de recherche
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