Les éco-technologies : une composante majeure du développement durable


      Eco-conception, éco-évaluation, éco-procédé, éco-certification, éco- technologie… Cette suite de termes précédés du préfixe "éco" pourrait évoquer des techniques marketing pour mieux vendre un produit. Dans le cas présent, "éco" renvoie à de sérieuses analyses scientifiques des flux de matières et d’énergie et de leurs impacts sur l’environnement qui concernent toute la vie d’un produit, de sa fabrication jusqu’à sa mise au rebut. Appliquées initialement aux produits manufacturés, ces analyses ont été élargies aujourd’hui aux filières de traitement des déchets et aux procédés agricoles, etc. En France, parmi les pionniers de ces études dans les domaines de l’épuration, de l’épandage, de la production de froid ou de la gestion des déchets ménagers figure le Cemagref.

 
     

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communications
du Séminaire
européen PEER
sur les technologies
de l'environnement

Il y a une trentaine d'années, le terme "éco-technologie" aurait pu résulter de la juxtaposition des termes technologie et économie, la diminution du coût de production et l’augmentation de la productivité étant devenu les principaux moteurs de la société de consommation. A l’époque, le pétrole coulait à flot. Les familles se sont équipées progressivement d’une, puis de deux voitures*. Le réfrigérateur et le congélateur ont fait leur entrée dans les foyers. En parallèle, de puissantes unités frigorifiques ont été conçues. Le monde agricole a connu une évolution similaire. Des robots ont été mis au point pour récolter les fruits et les légumes. La puissance des tracteurs a suivi l’augmentation de la taille des parcelles. Enfin, l’agriculture intensive a eu ses remèdes miracle, les fertilisants et les pesticides. Rappelons que dans les années 60, le DDT était pulvérisé dans les champs par hélicoptère en Amérique du Nord. L’industrie des déchets quant à elle, a été confrontée à une arrivée massive d’ordures ménagères. Avec la percée du produit jetable, sac de caisse, couche-culotte ou canette de coca-cola, les consommateurs ont pris conscience que leurs déchets avaient la vie longue : plusieurs siècles pour un produit en aluminium.
[*] Aux USA, il y a aujourd’hui autant de voitures que d’habitants. Soit plus de deux voitures par foyer.
  Concilier technologie et environnement

Infographie C.Couvert. Graphis
Aujourd’hui, les enjeux de productivité sont toujours présents dans un contexte de mondialisation de l’économie. Mais une autre dimension s’est ajoutée à la compétitivité et à la productivité : c’est la prise en compte de l’impact des activités humaines sur les ressources et les milieux. En effet, les gisements de pétrole ou de cuivre ne sont pas inépuisables. On sait que certains gaz émis dans l’atmosphère peuvent agir sur le climat. Les phosphates et les nitrates s’accumulent dans les rivières. Sans parler du plomb, du mercure et autre métaux lourds que l’on retrouve concentrés en fin de chaîne alimentaire dans la chair des poissons de mer. Dès lors, il faut réfléchir en termes « d'économies » au pluriel, allant dans le sens d'une moindre utilisation de l’énergie et des matières premières mais aussi d’une diminution des impacts environnementaux. C’est à ce nouveau concept alliant la technologie aux écosystèmes que se référent les écotechnologies.
  De la mise au point d’éco-procédés….
  Les éco-technologies ou technologies environnementales ont été formalisées en 2004, dans le document ETAPde la Communauté européenne. Elles recouvrent diverses notions. Il peut s’agir des technologies de « nettoyage » qui sont utilisées pour traiter des pollutions. L’épuration des eaux, le traitement des ordures ménagères, la valorisation de la matière organique (boues, effluents d’élevage) sont concernées au premier plan.
  Sont également visées les technologies qui vont être meilleures d’un point de vue environnemental que les technologies classiques. En agriculture, ce sont par exemple des pulvérisateurs qui permettent « d’apporter la bonne dose au bon endroit », qu’il s’agisse d’eau ou de pesticides. L’optimisation des processus épuratoires, la conception de nouveaux coulis pour transporter du froid, l’amélioration des barrières d’étanchéité des décharges bioréacteurs sont quelques exemples d’avancées scientifiques obtenues au Cemagref parmi tant d’autres.
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Environmental  Technologies Action Plan
  Et de la mesure des impacts…

Photo : Stamatiou
Les éco-technologies sont également les technologies de mesure de la pollution puisque pour faire des progrès, il faut savoir déceler et quantifier les flux de toxiques. Dans le domaine de l’éco-évaluation, les travaux menés à Montpellier sur la biodégradabilité des plastiques sont exemplaires. « Il y a dix ans, il s’agissait de mettre au point un protocole de mesure de la biodégradabilité des matériaux. C'est chose faite aujourd'hui », indique Véronique Bellon Maurel. Dans le domaine de la métrologie, on peut également citer les bancs d’essai « pulvérisation et épandage d’engrais » créés à Montpellier et à Montoldre.
   Ils permettent de simuler la répartition et la densité de produits déversés sur le sol. Enfin, à une plus grande échelle, les systèmes d’information développés par l’équipe de Frédéric Vigier à Clermont Ferrand, suivent les machines d’épandage dans les champs et collectent les données en temps réel : quantité et nature des produits épandus, déplacement des machines, respect des zones de protection.
  …à l’analyse de cycle de vie et à l’évaluation intégrée
Mais la notion la plus large d’éco-technologie concerne les technologies dont la conception intègre la faible consommation de ressources, le recyclage des matières utilisées pour sa fabrication, le caractère non polluant de l’équipement. On parle d’éco-conception et de cycle de vie d’un produit, d’un procédé, d’une filière. La technologie est alors considérée dans son ensemble. Tous les secteurs d’activité sont concernés, mais les domaines de l’agriculture et de l’environnement sont particuliers car les
  technologies doivent être intégrées dans des systèmes biologiques et socio-économiques en interactions complexes. On parle alors d’évaluation intégrée qui, au delà de la mesure des flux de matières et de leurs impacts environnementaux, prend en compte des critères économiques (analyse de coût des procédés, monétarisation des impacts) et sociologiques (acceptabilité par le public, formation des professionnels aux nouvelles pratiques, impacts sur l’emploi).
  « Penser en termes d’ACV » au Cemagref
La participation du Cemagref aux premières analyses de cycle de vie, ou ACV, remonte aux années 90, à Montpellier, dans le cadre du projet Fornergy. Comme l’explique Philippe Roux, « il s’agissait d’évaluer des scénarios technologiques permettant d'exploiter les ressources forestières en bois énergie ».Aujourd’hui, Christophe Chauvin peut confirmer que « dans un contexte d’épuisement des énergies fossiles, la production à grande échelle de « bois énergie » est une nouvelle fonction que devra assumer la forêt de demain ». Dans les années 2000, le programme européen Awast a mis à contribution des ingénieurs et des économistes pour analyser différentes filières de traitement des déchets.
   
  L'ACV : une analyse "du berceau... à la tombe"
          
 1 Un produit, un procédé ou un service nécessite des matières premières et de l’énergie pour son élaboration ou pour son utilisation (flux d’entrée)  2  En cours d’utilisation et à la fin du cycle de vie, le système génère des rejets dans l’environnement (flux de sortie)
   3  L’ensemble des flux peut se traduire par des impacts : effets de serre, couche d’ozone, santé de l’homme et des écosystèmes, épuisement des ressources naturelles, biodiversité, qualité des paysages, érosion des sol, etc.  
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  A Rennes, Bernard Morvan et André Le Bozec ont travaillé sur ce projet. A la même époque, Mohamed Youbi Idrissi appliquait l’analyse du cycle de vie aux fluides frigoporteurs. « Un plus pour les scientifiques soucieux de valoriser le fruit de leurs recherches dans le monde industriel », nous explique-t-il. Quant au projet "Ecodefi" coordonné par Dominique Didelot, il regroupe des chercheurs de Montoldre, d’Antony et de Montpellier sur la problématique de l’épandage. « Une première pour une filière considérée comme « impactante » sur l’environnement ». Enfin, une écotechnologie aussi performante soit-elle sur l’environnement, doit être acceptée par les usagers. Sophie Le Floch engage une réflexion sur la contestation autour du parc d’éoliennes en collaboration avec une chercheuse québécoise. Sur le terrain, les partisans d’une énergie « propre » et renouvelable s’opposent aux anti-éoliens défendant surtout la qualité des paysages. « Dans le Finistère, ce sont ainsi 84 projets d’installation qui n'ont pas été autorisés ces dernières années».
         Le point sur ces recherches...
L'innovation au cœur du projet ECODEFI
Dominique Didelot
 
Un outil pour la gestion durable des déchets ménagers
Bernard Morvan et André Le Bozec

 
Procédés frigorifiques : du TEWI aux ACV ?
Mohammed Youbi Idrissi
 
Des recherches transversales sur la filière bois énergie
Paul Barbe, Philippe Roux, Christophe Chauvin
Christian Ginisty, Sylvain Chabe-Ferret
  
Eco-évaluation : dix années de recherche modèle
Véronique Bellon-Maurel
 
Eoliennes : mieux gérer les conflits
Sophie Le Floch

 
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