– Y-a-t-il
plus d’inondations aujourd’hui ?
Il y a aujourd’hui plus de dépenses des assurances liées
aux inondations. La réponse est cependant moins évidente
si on pose la question autrement : les rivières
débordent-elles plus qu’avant ?
Depuis la seconde guerre mondiale, la majeure partie des
nouvelles constructions ont été réalisées sur des
terrains inondables. La vulnérabilité a augmenté de
façon indéniable même si les rivières se répandent sur
leur plaine d’inondation de la même façon qu’auparavant.
Des recherches sont actuellement engagées au Cemagref
pour savoir si les crues sont plus fréquentes sur
l’ensemble de notre territoire. En outre, la réédition
d’un ancien ouvrage sur les inondations en France du VIe siècle à nos jours, écrit par l’érudit Maurice
Champion au milieu du XIX e siècle, nous rappelle que
les inondations exceptionnelles se produisaient déjà, là
où aujourd’hui la mémoire collective s’est perdue et
s’étonne de l’ampleur d’une crue.
– Y-a-t-il plus d’inondations depuis que l’homme
aménage le bassin versant ?
Tout est une question d’échelle. Pour de petits bassins
versants de quelques km 2 , déboiser, faire des routes
et des pistes forestières, augmenter les surfaces
imperméabilisées, diminuer le linéaire des haies et des
talus, labourer dans le sens de la pente, peut augmenter
les crues de fréquence décennale. Ainsi par exemple, le
déboisement peut accroître de 10 à 40 % les pics de
crues. En revanche, pour de plus grands bassins
versants, l’influence de l’homme est moins marquée. En
effet, la France se caractérise par un habitat dispersé
sur une plus grande échelle. Dans ce cas, les
aménagements du bassin versant auront moins d’impact sur
les crues.
– Quels facteurs favorisent le débordement des
rivières ?
Il n’y a pas de relation simple entre la quantité de
pluie qui tombe et la quantité d’eau dans la rivière.
Tout dépend surtout de l’état d’humidité des sols, mais
aussi des caractéristiques de la pluie (étendue,
intensité, durée) et de celles du bassin versant (pente,
sol, capacité d’infiltration). Une petite pluie peut
suffire à faire déborder une rivière si elle s’étend sur
tout le bassin versant et que le sol, trop mouillé, ne
peut plus absorber l’eau. Résultat : tout ruisselle
jusqu’à la rivière. A contrario, une plus forte pluie,
moins étendue peut s’infiltrer en grande partie dans le
sol s’il est sec. Il n’y aura pas trop d’impact sur le
niveau d’eau dans la rivière.
photo :
Cemagref- V. Andréassian
Contact
scientifique :
Cemagref Antony,
Vazken Andréassian
Tél : +33 1 40 96 62 58
mailto:vazkzen.andreassian@cemagref.fr
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Les
Unités de recherches impliquées
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Ouvrages hydrauliques et hydrologie
Patrice MÉRIAUX
- Aix en Provence
Hydrosystèmes et bioprocédés Gildas LE BOZEC
- Antony
Hydrologie – hydraulique
Jean-Michel GRÉSILLON - Lyon
Érosion torrentielle, neige et avalanches
Didier RICHARD - Grenoble
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Les
thèmes de recherches sur les risques liés à l'eau |
SECURE :
sécurité des aménagements et
des ouvrages hydrauliques -
Paul Royet
ALPRISK :
risques naturels en montagne
- Mohamed
Naaïm
TRANSFEAU : Transferts dans les bassins versants et
le réseau hydrographique - Michel
Lang
PHYLEAU
:
transferts d’eau et
de polluants au sein des bassins ruraux aménagés -Véronique
Gouy |
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cccc
Actuellement en France, les Services
de Prévision des Crues (SPC) de
l'État surveillent et prévoient les
crues sur un très faible pourcentage
du linéaire des cours d'eau
français. Le Journal Officiel du 27
février 1984, repris par celui du 26
janvier 2005 fournit la liste des
cours d'eau sur lesquels l'État
s'engage à faire la prévision et les
annonces de crues réglementaires.
Ainsi, pour la région
Est Méditerranée regroupant
l'ensemble des fleuves côtiers du
Rhône à l'Italie, seuls deux cours
d'eau sont concernés par ce système
de surveillance : le Var et
l'Huveaune. Cela correspond à une
centaine de kilomètres de linéaire.
Pour les autres cours d'eau, les
collectivités locales peuvent, à
leur initiative, mettre en place un
dispositif d'alerte sur les tronçons
pour lesquels la vulnérabilité aux
crues est la plus élevée. Ailleurs,
rien n'est prévu pour pouvoir
alerter en temps réel les services
opérationnels chargés de la
protection des biens et des
personnes.
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Pour la grande majorité des cours
d'eau on ne sait pas ce qui se passe
en temps réel |
| Actuellement, de nouveaux schémas
directeurs de prévision de crues
sont en cours d'élaboration. Il y a
toujours d'un côté les cours d'eau
pour lesquels on dispose en temps
réel d'une information sur les
pluies au sol et sur les débits, et
d'un autre côté les cours d'eau où
aucune information en temps réel sur
les débits n'est exploitable ou
disponible.
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C'est
pour combler ce manque que le
Cemagref et Météo France ont associé
leurs compétences, afin de mettre au
point un outil permettant de
connaître la pluviométrie et les
débits des cours d'eau en temps réel
sur l'ensemble du réseau
hydrographique français.AIGA, acronyme de Adaptation
d'Information Géographique pour
l'Alerte en crue produit toutes les
heures et bientôt tous les quarts
d'heure, une carte du risque pluvial
et du risque hydrologique à
l'échelle du km2. Et ceci, même sur
les zones géographiques et les cours
d'eau sans aucune instrumentation
spécifique.
Une expertise humaine et la
puissance d'un modèle numérique
L’information utilisée est celle
fournie par les radars
météorologiques du réseau géré par
Météo France. Ils donnent une
estimation de la pluie en temps réel
sur la quasi-totalité du territoire
à l'échelle du km2. AIGA exploite
ces estimations pluviométriques
connues en temps réel pour la
connaissance des champs de pluie
dans l’espace et dans le temps et
effectue une transformation en débit
sur l’ensemble des cours d’eau. AIGA
confronte ensuite ces données temps
réel avec des informations issues de
bases de référence sur les pluies et
les débits. Ces bases ont été
élaborées avec la méthode SHYPRE
mise au point par le Cemagref et
exploitée dans le cadre des plans de
prévention des risques d'inondation
(PPRi)… La confrontation de ces deux
sources d’information permet alors à
AIGA d’afficher le risque
pluviométrique et hydrologique.
Un risque gradué
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AIGA permet dans un premier temps de
transformer les données
météorologiques en une carte avec
une zonation du risque selon une
échelle de gravité du risque de
pluie. Le degré de risque encouru
est visualisé selon un code de
couleurs allant du rouge, à l'orange
et au jaune. |
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Le rouge indique un
événement catastrophique
susceptible d’isoler et de
mettre en péril de
nombreuses habitations avec
une nécessité d'intervention
par voie aérienne. Orange,
de nombreuses routes sont
coupées et la circulation
est difficile et dangereuse
; les lieux d’habitation les
plus exposés sont menacés.
Jaune, des dégâts matériels
sont probables et la plus
grande prudence est
recommandée. |
Le risque hydrologique, inhérent à
l’évolution probable du débit des
cours d’eau prévue par AIGA, est
aussi traduit en échelle de risque.
Cela permet d'avoir à nouveau une
carte sur laquelle les cours d’eau
sont visualisés selon une échelle de
gravité colorée en jaune, orange ou
rouge selon la dangerosité
prévisible de l’événement. Les
services opérationnels peuvent donc
bénéficier en temps réel des deux
types de cartes. AIGA s'applique
très bien aux petits bassins
versants de quelques centaines de
km2 dont les crues sont très
rapides. Cela concerne, pour
l’instant, une quinzaine de
départements méditerranéens. La
méthodologie y est testée depuis un
an sur des historiques d'événements
météorologiques ayant nécessité une
intervention des secours. AIGA
paraît bien répondre aux besoins des
services d'urgence. Le dispositif
devrait bientôt être utilisé lors de
véritables mises en situation. Les
cartes seront alors éditées tous les
quarts d'heure. Un brevet a été
déposé conjointement par le Cemagref
et Météo France. La méthode très
prometteuse devrait aussi être
exportée en Europe. Elle doit être
appliquée prochainement sur une
région pilote en Espagne et en
Italie dans le cadre d’un programme
de recherche finalisée sur les
risques climatiques.
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