
En France, chaque habitant produit tous les jours plus de 100 litres d'eaux usées. Celles-ci doivent être traitées en station d'épuration avant d'être rejetées dans l'environnement. Le premier équipement des collectivités et des industriels est pour l'essentiel réalisé. Renouveler cet équipement, améliorer les filières existantes et développer des procédés adaptés aux petites collectivités, se révèlent aujourd'hui être les principaux enjeux pour la recherche. Le Cemagref s'y investit.
Au milieu du XIXème siècle, les grandes épidémies de choléra ont amené les pouvoirs publics à aménager les grandes collectivités de réseaux d'égouts pour collecter et évacuer les eaux usées. Cependant, la collecte générale des eaux usées a entraîné la concentration de la charge polluante en un lieu unique. Gravement perturbés, les milieux récepteurs se sont détériorés.
L'épandage des eaux résiduaires dans les champs agricoles ou leur infiltration dans le sol ont permis de résoudre une partie du problème. Mais il a fallu attendre le début du XXème siècle pour que les premières stations d’épuration soient réalisées. Elles mettaient alors en oeuvre les techniques de «lits bactériens» et de «boues activées» pour dégrader la matière organique.
Dans la deuxième moitié du XXème siècle, les eaux résiduaires ont gagné en volume et en toxicité avec le développement urbain et industriel. L’environnement et principalement l’écosystème aquatique se sont trouvés à nouveau menacés. Les lois sur l’eau ont évolué et la prise de conscience environnementale est passée au premier plan. Ainsi, entre 1960 et 1980, plus de 8000 stations d’épuration ont été créées pour éliminer la pollution carbonée, puis plus récemment la pollution azotée et phosphorée, responsables entre autres, de l’eutrophisation de certains milieux.
Les poissons reviennent à Paris
La Seine à Paris a pu
retrouver le barbeau ou
la vandoise, espèces
sensibles qui avaient
quasiment disparu
depuis les années 60.
Aujourd’hui, 27 espèces
sont dénombrées dans
le secteur parisien.
Les techniques actuelles d’épuration
biologique se basent toujours sur
l’utilisation de bactéries pour consommer
la matière organique contenue dans les
eaux usées. Les eaux usées urbaines
sont en effet constituées à 95 % de
matière biodégradable. La mise en
oeuvre de ces réactions biologiques
dans des eaux d’origines variées
et hétérogènes est complexe. Les
recherches menées sur les filières
d’épuration sont assez récentes. Elles ont cependant permis de produire une
eau épurée d’excellente qualité pouvant
être rejetée dans le milieu naturel. Ce
sont les grandes agglomérations qui
ont principalement bénéficié de ces
progrès.
Cependant, il reste encore beaucoup
à faire pour les petites collectivités qui
disposent de moins de moyens que les
grandes villes.
Sur les 36385 communes françaises, seules 12500 sont reliées à un réseau d’assainissement. Pour de nombreuses petites collectivités, l’assainissement non collectif représente l’une des solutions les mieux adaptées et concerne près de 30 millions de personnes. La réglementation prise en application de la loi sur l’eau de 1992 impose aux collectivités de définir leurs zones à vocation durable d’assainissement non collectif et les zones d’assainissement collectif. La loi sur l’eau de décembre 2006 et les arrêtés du 2 mai 2006 et du 22 juin 2007 précisent les obligations à respecter.
Le Cemagref mène des recherches
depuis plus de 30 ans sur le traitement
des eaux usées biodégradables. En
ayant largement participé à la conception
des installations actuelles, le Cemagref
a développé des compétences
reconnues sur les différents traitements
appliqués aux eaux résiduaires
urbaines. Il est régulièrement amené
à guider les petites collectivités dans
le choix de leurs filières d’épuration,
mais son implication dans le domaine
de l’assainissement non collectif reste
mineur.
Des bactéries filamenteuses bien gênantes
L'étude de la biologie du traitement des effluents domestiques constitue aussi un domaine d'excellence du Cemagref. Par exemple, le développement excessif des bactéries filamenteuses peut entraîner des problèmes d'exploitation ou une brutale dégradation de la qualité de traitement. Pour limiter le développement de ces bactéries, le Cemagref propose aux exploitants des méthodologies préventives ou curatives et des recommandations pour éviter leur prolifération. Parallèlement, des travaux
plus fondamentaux
visant à comprendre les
mécanismes de filamentation
et de défilamentation
des bactéries ont été
entrepris.
Essentiellement constituées de matière biodégradable, les eaux usées subissent dans les stations d'épuration un traitement biologique au cours duquel les bactéries dégradent la matière organique en présence d'oxygène.
Le Cemagref a largement contribué
à la maîtrise des systèmes d’aération
équipant les stations d’épuration à
boues activées. L’enjeu est d’importance
puisque plus de 60 % de l’énergie
dépensée dans ces installations est
généralement imputable à l’aération.
Des centaines de séries de mesures
ont été effectuées en eau claire et
leurs résultats obtenus ont conduit à
l’amélioration de ces dispositifs ou leur
retrait du marché.
Des relations numériques ont été
établies pour calculer la capacité
d’oxygénation des systèmes d’injection
d’air en fines bulles lors de la conception
des stations d’épuration. La mécanique
de fluides numérique associée à la
modélisation du transfert d’oxygène
permet une visualisation locale des
champs de vitesses de l’eau dans les
bassins d’aération annulaires, ce qui
permet d’interpréter les variations du
transfert d’oxygène selon les réglages
effectués. D’autres recherches
récentes ont également permis de
préciser l’incidence des tensio-actifs,
du rapport charge polluante appliquée/
biomasse et de la hauteur de boues
sur le transfert de l’oxygène. Cette
information est utile pour dimensionner
les aérateurs. Il faut en effet prendre en
compte non seulement les paramètres
de conception, mais aussi ceux liés au
fonctionnement réel du bassin.