Un sujet, des recherches...
Les Insectes à la loupe
En Europe, la plupart des insectes ont une taille inférieure au centimètre. Pour les observer, il faut les capturer. Une tâche que partagent des chercheurs à Nogent, Aix et Lyon afin de mieux cerner le rôle essentiel des insectes terrestres et aquatiques dans la qualité écologique des milieux…

Ils ont été parmi les premiers à fouler la terre ferme, il y a plus de 400 millions d’années. Les insectes sont de petits invertébrés à six pattes dont le corps est formé d’une tête avec des antennes, d’un thorax et d’un abdomen. Leur squelette est à l’extérieur du corps et pour grandir, ils subissent des mues. Les insectes représentent de nos jours près de 90 % des espèces animales avec plus de 2 millions d’espèces dans le monde. Ils colonisent tous les milieux continentaux terrestres et aquatiques. On les retrouve dans les airs, dans le sol, dans la neige, sur et dans la végétation et même dans les eaux douces et sur les océans. Le concept de biodiversité ne saurait exister sans eux.

Mi-anges, mi-démons
Les insectes ont de tout temps intrigué les hommes. Source de nourriture dès la préhistoire, déifiés en Egypte et au Mexique, ils ont été inventoriés depuis Aristote avant d’être enfin l’objet d’un intérêt réellement scientifique à partir du XVII siècle. L’entomologie est le nom donné à la science qui étudie leur comportement, leur biologie et leur physiologie. 
La France, qui ne présente pas les caractéristiques météorologiques les plus favorables au développement des insectes, compte tout de même près de 40 000 espèces dont une cinquantaine est vraiment nuisible. Au Cemagref, une dizaine de chercheurs s’intéresse aux insectes en tant qu’indicateurs de la qualité du milieu, en tant que ressource alimentaire pour certains poissons et même comme outils d’expérimentation pour tester la toxicité de certains métaux et de pesticides

La vie au milieu des arbres
A Nogent-sur-Vernisson, l’équipe de Jacques Lhonoré travaille sur la biodiversité afin d’évaluer la richesse spécifique des forêts de plaine et surtout de chêne. Leur terrain d’action s’étend sur 8 000 hectares dans les forêts de Montargis, de Brie et de Tronçay. Ce qu’ils veulent, c’est connaître l’influence de la gestion sylvicole forestière sur les populations d’insectes. Car le milieu est perturbé à chaque fois que le forestier intervient. De nouvelles espèces de plantes et d’insectes arrivent et s’installent après chaque éclaircie volontaire ou non. Par exemple, Christophe Bouget prépare une thèse sur l’influence des ouvertures provoquées par la tempête de 1999 sur les communautés de coléoptères. Dans ces véritables « îles de bois mort » se concentre alors une grande diversité d’espèces associées à cette ressource. De leurs côtés, Emmanuelle Richard et Philippe Bonneil, étudient la faune des carabes et des papillons de nuit présente en forêt de Montargis. L’objectif est de mettre en évidence l’impact de la gestion sylvicole sur ces communautés.

 Le retour dans l’eau
 
Au cours de leur évolution, certains insectes sont retournés vers le milieu aquatique comme l’ont fait les ancêtres des cétacés (baleines et dauphins). Aujourd’hui, un quart des insectes est aquatique pendant une partie au moins de leur vie. C’est la phase larvaire, la plus longue, qui se déroule alors sous les eaux. Là aussi, la biodiversité ne saurait les ignorer. Cela fait bientôt 22 ans que des recherches sont menées à Lyon sur les insectes en tant qu’indicateurs de la qualité des eaux. Actuellement, Marie-Claude Roger travaille sur l’impact de perturbations physiques et organiques sur les insectes. Avec une perturbation physique, il y a globalement moins d’espèces alors qu’avec une pollution organique, s’il y en moins aussi, certaines plus résistantes en profitent pour proliférer. Des études sont menées en parallèle afin de mesurer plus précisément l’impact d’une ripisylve (formation végétale qui se développe sur les bords des cours d'eau) d’une lagune d’épuration, d’une centrale nucléaire ou encore du stockage de bois dans un plan d’eau après la tempête de 1999. 

Une richesse caractéristique des eaux douces continentales.
Dans l’eau comme en milieu terrestre, la répartition des insectes est liée à la diversité des habitats. La granulométrie des supports et le courant en sont les principaux architectes. Un indice biologique global normalisé (IBGN) mis au point par Jean Verneaux de l’antenne du Cemagref à Besançon, est utilisé depuis 1992 par toutes les DIREN. Il permet de déterminer la qualité de l’eau en fonction de la présence de certains macro-invertébrés (larves d’insectes, mollusques, vers et crustacés). Aujourd’hui, l’Europe demande aux états de définir par région ce qu’est un bon état d’un mauvais état écologique. A Aix-en-Provence, Bernard Dumont et son équipe cherchent à comprendre comment les espèces s’assemblent au travers de leurs traits biologiques (comportement, reproduction, alimentation,…). Ils aimeraient pouvoir prédire les effets des aménagements de la rivière sur ces populations. Pour cela, ils étudient comment les conditions environnementales régissent ces fameux traits biologiques.

Dans le ventre d’un poisson
C’est surtout au fond des rivières que les insectes aquatiques vivent. Quand ils s’en détachent, ils partent à la dérive au fil du courant au risque de rencontrer des poissons qui n’en feront qu’une bouchée. Ils constituent en effet un des principaux maillons de la chaîne alimentaire pour bon nombre de poissons, batraciens et oiseaux d’eau. Bernard Dumont s’intéresse aussi aux insectes en tant que constituant du régime alimentaire de la truite. Il s’agit alors de définir quelles sont les conditions environnementales favorables pour maintenir sa présence dans nos rivières. Pour cela, des truites sont anesthésiées et subissent un lavage d’estomac. Il est alors possible d’associer à la présence de nourriture un faciès particulier de la rivière. Très opportunistes, ces poissons profitent de la dérive des insectes pour les attraper, surtout à l’aval de radiers où ils se réfugient. Artificialiser un écoulement revient à réduire le nombre de proies accessibles. Et quand les insectes se raréfient, les poissons en pâtissent.

Insectes et sédiments toxiques
Les cours d’eau charrient non seulement de l’eau mais aussi moult matières entraînées par le courant. Ils déversent ainsi tous les ans dans le monde près de 13,5 milliards de tonnes de sédiments en mer. Il suffit d’une crue ou d’une vidange de barrage pour que les sédiments remobilisés dans l’eau libèrent des contaminants fixés sur eux. Des métaux comme le cuivre, le plomb, le cadmium, le zinc et le mercure pourront être relâchés mais aussi des pesticides et divers composés organiques. Les métaux proviennent de l’érosion naturelle du sol mais aussi des activités minières et industrielles des hommes et se sont accumulés au fond des rivières. Tous ces produits s’avèrent toxiques pour de nombreux organismes. Si en général, les invertébrés s’en sortent mieux que les vertébrés grâce à un système de détoxification efficace, des teneurs élevées peuvent déborder ces défenses et entraîner des perturbations sur leur croissance, leur reproduction et même sur leur survie. A Lyon, Jeanne Garric et son équipe testent la toxicité des sédiments de canaux et de retenues sur un petit insecte de l’ordre des diptères, le chironome, qui ressemble beaucoup à un moustique. Il s’élève très bien en laboratoire et paraît sensible aux effets de ces composés. La tâche n’est pas simple car il existe des formes chimiques inertes et actives pour chaque produit. Ces essais en laboratoire permettront de mieux comprendre ce qui se passe dans le milieu naturel et de mieux en évaluer les risques. 

Il apparaît ainsi que les insectes sont concernés par tous les domaines de l’écologie et qu’aucun d’entre eux ne peut être indifférent à l’impact des activités humaines.

Contact presse

Trichoptène à fourreau
Trichoptène à fourreau : larve aquatique de Sericostomatidae

 

Fourreaux de Phryganes
Fourreaux de Phryganes ou "Porte-bois" (trichoptères) bien connu des pêcheurs pusiqu'ils constituent la nourriture de nombreux poissons.

 

Le "sub-imago" de l'éphémère
Le "sub-imago" de l'éphémère Ephemerella vulgata (éphéméroptères) subira une mue avant de donner l'adulte. Ces insectes sont des hôtes fréquents des ruisseaux et des rivières propres

 

La lucarne
Le lucane (coléoptère), en principe protégé est un hôte fréquent au crépuscule dans les lisières, fourrés et clairières de nos forêts de feuillus.

 

Larve d'hydropsyche (tricopère)
Larve d'hydropsyche (tricopère)

 

Le Hameçon
Le Hameçon, "watsonella binaria (lepidoptère) est un petit papillon de nuit dont les chenilles limaces sont friandes des feuilles de chênes.

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Crédit photo Jacques Lhonoré et Hervé Queau
 © Cemagref 2002