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Interviews de Nicolas Gendreau, hydrologue et chef de département adjoint
Gestion des milieux aquatiques et de Vazken Andréassian, hydrologue et
chercheur à l’unité de recherche Qualité et fonctionnement hydrologique des
systèmes aquatiques au Cemagref.
– Y-a-t-il plus d’inondations aujourd’hui ?
Il y a aujourd’hui plus de dépenses des assurances liées aux inondations. La réponse est
cependant moins évidente si on pose la question autrement : les rivières débordent-elles plus qu’avant ?
Depuis la seconde guerre mondiale, la majeure partie des nouvelles constructions ont été réalisées
sur des terrains inondables. La vulnérabilité a augmenté de façon indéniable même si les
rivières se répandent sur leur plaine d’inondation de la même façon
qu’auparavant. Des
recherches sont actuellement engagées au Cemagref pour savoir si les crues sont plus fréquentes sur
l’ensemble de notre territoire. En outre, la réédition d’un ancien ouvrage sur les inondations en France du VI e siècle à nos
jours, écrit par l’érudit Maurice Champion au milieu du XIX e siècle, nous rappelle que les
inondations exceptionnelles se produisaient déjà, là où aujourd’hui la mémoire collective s’est
perdue et s’étonne de l’ampleur d’une crue.
– Y-a-t-il plus d’inondations depuis que l’homme aménage le bassin versant ?
Tout est une question d’échelle. Pour de petits bassins versants de quelques km 2 , déboiser, faire
des routes et des pistes forestières, augmenter les surfaces imperméabilisées, diminuer le
linéaire des haies et des talus, labourer dans le sens de la pente, peut augmenter les crues de
fréquence décennale. Ainsi par exemple, le déboisement peut accroître de 10 à 40 % les pics de
crues. En revanche, pour de plus grands bassins versants, l’influence de l’homme est moins
marquée. En effet, la France se caractérise par un habitat dispersé sur une plus
grande échelle. Dans ce cas, les aménagements du bassin versant auront moins d’impact sur les crues.
– Quels facteurs favorisent le débordement des rivières ?
Il n’y a pas de relation simple entre la quantité de pluie qui tombe et la quantité d’eau dans la
rivière. Tout dépend surtout de l’état d’humidité des sols, mais aussi des caractéristiques de la
pluie (étendue, intensité, durée) et de celles du bassin versant (pente, sol, capacité
d’infiltration). Une petite pluie peut suffire à faire déborder une rivière si elle s’étend sur tout le bassin
versant et que le sol, trop mouillé, ne peut plus absorber l’eau. Résultat : tout ruisselle jusqu’à
la rivière. A contrario, une plus forte pluie, moins étendue peut s’infiltrer en grande partie dans
le sol s’il est sec. Il n’y aura pas trop d’impact sur le niveau d’eau dans la rivière.
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photo : Cemagref- V. Andréassian
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