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Depuis 20 ans, les chutes de neige se raréfient et de
nombreuses stations de ski sont amenées à utiliser de la neige de culture pour assurer un bon enneigement de leurs pistes. Parmi les
avancées technologiques de ces dernières années, une nouvelle méthode permet de produire
plus de neige et de meilleure qualité. Un additif, une protéine
cryogène, permet ainsi de fabriquer de la neige même s’il ne fait pas assez froid pour utiliser les canons à neige. Cette
molécule permet d’accélérer la cristallisation de l’eau. Elle démarre alors 2 à 3°C au-dessus de la
température habituelle. En outre, cette protéine permet de réduire les quantités d’eau et d’énergie
nécessaires pour fabriquer la neige artificielle. Pourtant, utiliser cette protéine dans le
milieu naturel suscite des polémiques car elle provient d’une bactérie. Elle est autorisée dans certains
pays mais interdite ou réglementée dans d’autres. Deux équipes de recherche du Cemagref à
Grenoble et de l’université de Turin en Italie se sont associées afin d’étudier les impacts de ce
produit sur l’environnement à la demande d’exploitants de stations de ski et du fabricant du
produit.
Un milieu de culture pour les bactéries présentes dans l’eau
C’est en 1975 qu’un chercheur américain découvre qu’une bactérie vivant naturellement sur les
feuilles des végétaux favorise la formation du gel. Cette protéine située dans la
membrane des cellules de la bactérie Pseudomonas syringae agit de façon étonnante avec les molécules d’eau :
elle les réoriente ce qui favorise leur cristallisation. La
protéine est extraite de cultures de bactéries Pseudomonas syringae et concentrée dans le produit snomax. Il est
stérilisé aux rayons X en fin de production. Mais reste-t-il encore des bactéries viables ? En retrouve-t-on ensuite
dans la neige de culture ? Y a-t-il un impact sur la végétation des pistes ? Les effets de cette
neige artificielle sur les écosystèmes de l’arc alpin ne sont pas connus et peu d’études européennes
s’en sont préoccupées. L’équipe de Françoise Dinger du Cemagref à Grenoble a d’abord
recherché la bactérie dans les sachets de SNOMAX™ et en différents points de l’unité de fabrication
de la neige avec la collaboration de l’INSA de Lyon. Les analyses ont permis de confirmer
qu’il n’y avait plus de bactéries Pseudomonas syringae, ni dans le produit fini (sachet de
granulés), ni dans la neige de culture. En revanche, on retrouve d’autres
micro-organismes qui profitent de ce milieu nutritif pour proliférer. D’où viennent-ils ? De l’eau utilisée pour fabriquer
la neige. Mélangées au SNOMAX™, ces nouvelles bactéries foisonnent. Il y a à nouveau des
Pseudomonas syringae très fréquents dans le milieu naturel mais aussi des germes de
contamination fécale. Tous ont trouvé un milieu de culture favorable. La question de l’impact de la neige
artificielle sur l’environnement et sur l’homme dépend donc aussi de la
qualité de l’eau.
Assurer la qualité de l’eau
L’eau utilisée pour fabriquer la neige de culture peut avoir plusieurs origines : le réseau d’eau
potable, les retenues d’eau et la rivière. C’est là que le
bât blesse. Car des
habitations non raccordées au réseau d’égout et la pratique du pastoralisme apportent des germes fécaux dans
les ruisseaux. Lorsque cette eau est utilisée pour alimenter les installations d’enneigement de
culture, elle fournit la base en germes potentiellement pathogènes. Ceux-ci se multiplient dans
le milieu nutritif qu’offre le SNOMAX™mélangé à l’eau. Ils sont alors apportés en fortes quantités
dans le milieu naturel et on peut se poser la question de risque pathogène pour l’homme et pour
l’environnement. Pour le vérifier, il faudrait engager des recherches pour savoir si ces agents
pathogènes peuvent survivre et se développer dans la neige. Cette problématique a été très peu
étudiée pour le moment dans le milieu scientifique international. Cependant, il doit être possible
de s’affranchir de ce risque en faisant appel à des technologies de traitement d’eau efficaces
et réalistes d’un point de vue économique.
Peut-être une légère fertilisation
Y a-t-il un impact sur la végétation ? Trois campagnes de mesure ont été réalisées entre 2001et 2003 dans deux stations de ski : Valloire en France à 1940 mètres d’altitude et Antagnod en
Italie entre 2200 et 2307 mètres d’altitude. L’équipe italienne s’est intéressée à une station
récente dont la couverture végétale venait juste d’être réalisée. Elle n’a relevé aucun effet du
SNOMAX™ sur ce couvert végétal jeune. En revanche, l’équipe du Cemagref a étudié une station
française plus ancienne dont la végétalisation datait d’une quinzaine d’années. Là, quelques
différences ont été mises en évidence : les plantes semblent pousser mieux dans les endroits où
il y a eu du SNOMAX™. Sans doute par un apport en azote plus important (provenant de protéines
et des acides aminés contenus dans le SNOMAX™). Mais les effets sont tout de même assez faibles
et il n’est pas facile de les attribuer seulement à l’utilisation du produit cryogène. Alors, pour le
vérifier, des investigations supplémentaires sont menées par le Cemagref depuis mars 2004 sur
trois espèces végétales. Les conditions expérimentales sont contrôlées et renforcées pour bien
mettre en évidence le rôle du SNOMAX™. Des essais assez ressemblants ont été menés par une
équipe suisse. Ils ne sont pas parvenus à conclure de façon évidente. L’influence sur la végétation
semble de toute façon assez faible et lente à se mettre en place. Aujourd’hui, le questionnement
initial sur l’impact de la neige de culture (SNOMAX™) sur l’environnement change. C’est la
qualité de l’eau qui doit permettre d’assurer un environnement sain.
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