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  Inondation : les digues sous haute surveillance 
Les crues dramatiques qu’a connues la France au cours de la dernière décennie sont venues rappeler la fragilité et les limites des digues de protection contre les inondations. A la demande du ministère en charge de l’Environnement, le Cemagref a mis au point un outil sous la forme d’une base de données pour recenser les ouvrages hydrauliques à l’échelle nationale. Des informations essentielles pour la sécurité des zones inondables… 

En France, les zones inondables sont protégées par un réseau de plus de 7000 km de digues qui appartiennent à environ un millier de gestionnaires différents, particuliers ou collectivités. La plupart de ces ouvrages sont anciens et ont été construits par étapes, à
partir de remblais. Leur entretien est extrêmement variable d’un propriétaire à l’autre, parfois inexistant pour certains tronçons dont on ne connaît pas l’origine. Sachant qu’une digue de protection mal conçue ou mal entretenue a potentiellement plus de risques de se rompre et de provoquer une crue accidentelle d’intensité supérieure à la catastrophe naturelle elle-même, il devenait urgent de faire un état des lieux du parc des ouvrages en France. C’est
chose faite avec la publication des premières estimations issues du recensement national des digues de protection contre les inondations (voir encadré au dos).

Recenser les ouvrages via l’internet

L’inventaire des digues de protection contre les crues a été initié dès 1994, par le ministère en charge de l’Environnement. Le Cemagref s’est vu confi é la mise au point d’un outil sous forme de bases de données. Ce dernier permet de recueillir et d’exploiter trois types d’informations relatives aux ouvrages proprement dits, à leur gestionnaire et aux enjeux économiques et humains concernés. Une équipe de chercheurs du Cemagref à Aix-en-
Provence a conçu une première base de données diffusée sous la forme d’un logiciel CD Rom. Déployé auprès des services départementaux de Police de l’Eau à partir de 1999, cet outil s’est avéré peu souple d’utilisation. Sa mise à jour notamment nécessitait des échanges de fichiers entre les différentes bases départementales et la base nationale, lourds à réaliser, espacés dans le temps et sources d’erreurs. Depuis 2003, une nouvelle
version de l’outil utilisant la communication Internet a permis la mise en réseau des données et leur actualisation en temps réel. Autre avantage du système, sa souplesse et sa facilité
d’utilisation qui ont fait progresser le taux des réponses, jusqu’à atteindre les 85 % de départements au début de l’année 2005.

L’avenir de la base de données

Actuellement, l’utilisation de la version Internet de l’outil est réservée aux services de l’État intervenant pour le compte du ministère de l’Écologie. Néanmoins, afin de répondre à certaines demandes émanant d’autres services d’État, des collectivités locales ou encore du grand public, il est envisagé de mettre à disposition une partie des informations issues de la base, tout en garantissant la sécurité des données. Particuliers, collectivités ou industriels pourront prochainement s’installer près d’un cours d’eau en connaissance de cause…

Des chiffres qui en disent long sur l’état des digues en France

Les premiers résultats de l’inventaire des digues donnent une image assez sombre de la situation en France. L’Aquitaine par exemple est une région comportant un long linéaire de digues, avec 846 km d’ouvrages répartis dans cinq départements et protégeant 2 200 km2 de zones inondables, où vivent environ 120 000 habitants.
Suivant les cours d’eau, l’identité des gestionnaires de digues est connue en moyenne dans 72 % à 100 % des cas, avec une exception pour l’Estuaire de la Gironde où ce pourcentage descend jusqu’à un minimum de 43 %. Environ une zone protégée sur deux contient des enjeux forts, estimés en termes de nombre d’habitants concernés et de la nature de l’urbanisation (plus de 100 habitants dans la zone ou existence d’habitat concentré).
Enfin, les deux-tiers à la totalité du linéaire de digues apparaissent en état dégradé ou mal connu.
En conclusion, des proportions souvent importantes de digues cumulent de forts enjeux dans la zone réputée protégée et un caractère de dangerosité intrinsèque ou un gestionnaire inconnu (ou d’envergure insuffisante) : 71 % pour la Garonne (soit 240 km), 76 % pour la Dordogne (soit 94 km) et 66 % pour l’Adour (soit 50 km).

Pour en savoir plus :
Surveillance, entretien et diagnostic des digues de protection contre les inondations
Guide pratique à l'usage des propriétaires et des gestionnaires

P. Mériaux, P. Royet et C. Folton
Le patrimoine de digues de protection contre
les inondations en France

Patrice Mériaux, Rémy Tourment, Martine Wolff

Recensement national des digues de protection
contre les inondations. État d'avancement de
l'opération, premiers résultats et perspectives

Patrice Mériaux, Martine Wolff, Cyril Folton

Visionnez le film "diagnostiquer les digues" avec le commentaire de Paul Royet, chercheur au Cemagref - Aix-en-Provence (durée 4’30).


 


F.Boisseau / CEMAGREF



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