N°76 - Septembre 2006

Inondations en ville : la science au service de la sécurité
 
Si les inondations ont toujours existé, les risques associés vont croissant dans des agglomérations urbaines de plus en plus étendues. Pour assurer la sécurité des biens et des personnes, les services opérationnels de gestion du risque font appel à la recherche scientifique. Le but est de prévoir avec précision les différents scénarios d’inondation possibles et de choisir, le moment venu, la meilleure stratégie d’action.
 

En France, plus de 7 000 communes sont exposées au risque d’inondation. Un risque économique et humain de plus en plus lourd compte tenu de la croissance des villes : aujourd’hui, plus de 75 % de la population réside dans les aires urbaines. Le risque zéro étant illusoire, l’efficacité de la prévention et des plans de secours passe par la connaissance scientifique des écoulements en ville et leur prévision, rue par rue, dès les premiers instants. Le but est d’identifier rapidement les voies à barrer, celles à évacuer, et celles où les véhicules de sécurité pourront circuler.

Le casse-tête des carrefours
En ville, lors d’inondations violentes comme celles de Nîmes ou de Montpellier, l’eau s’écoule autour des bâtiments par les voies de circulation, avec des vitesses et des hauteurs d’eau variables selon la pente et les obstacles notamment. Mais qu’arrive-t-il quand deux écoulements se rencontrent à un carrefour ? Quelles sont les conséquences sur les hauteurs d’eau et les vitesses au sein du carrefour, et comment l’eau se répartit-elle entre les rues aval ?

Des maquettes d’inondations
Des chercheurs du Cemagref à Lyon ont mis au point avec leurs confrères de l’Insa, un modèle physique en laboratoire, une maquette au 1/100e reproduisant les phénomènes d’écoulement dans un carrefour en croix. 5 types d’écoulement différents ont ainsi été distingués. Les scientifiques ont alors vérifié la capacité des codes de calcul existants (programmes informatiques) à simuler numériquement ces écoulements sur ordinateur, en comparant les résultats des calculs aux mesures effectuées sur la maquette : structure des écoulements, forme de la surface, hauteurs d’eau et vitesses près des façades des bâtiments.

Nîmes, 3 octobre 1988
Cette étape acquise, les chercheurs sont passés à l’échelle réelle, grandeur nature : ils ont calculé les caractéristiques de l’écoulement dans un carrefour de la ville de Nîmes dans les conditions de la terrible inondation du 3 octobre 1988. Comparés avec les laisses de crues (traces) relevées à l’époque, les résultats montrent une marge d’erreur de 30 à 40 cm sur des hauteurs d’eau allant jusqu’à 1,5 m, assez satisfaisante dans un premier temps pour utiliser les modèles à des fins opérationnelles.

Prévoir les différents scénarios
Avec leurs partenaires privés et publics en charge de la gestion du risque inondation, les chercheurs pourront bientôt faire « tourner » leurs logiciels pour remplir des bases de données des villes concernées. En effet, les temps de calcul actuels étant trop longs pour obtenir des résultats en temps réel le jour J, la stratégie est de définir à l’avance un grand nombre de scénarios différents (en termes de pluviométrie, de circulation, d’obstacles…) afin de calculer les caractéristiques des différentes inondations possibles… et de s’y préparer. Le jour où s’annonce la véritable inondation, l’observation de ses paramètres permet de retrouver dans les bases de données le scénario le plus approchant. Les caractéristiques de l’écoulement prévu, calculées auparavant, donnent alors au PC Crue des informations indispensables pour mettre en place la meilleure stratégie d’action.

   

 


J.-M. Le Bars / Cemagref
 


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Pour en savoir plus
 


Dossier thématique : les risques liés à l'eau au Cemagref
 



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