N°77 - Novembre 2006

Cerfs et chevreuils : mieux les connaître pour mieux les gérer
 

Depuis plusieurs décennies, les populations de cerfs et de chevreuils ne cessent d’augmenter dans les forêts françaises, pour le plus grand bonheur des chasseurs et des promeneurs. Leur présence comporte également des aspects négatifs : collisions, dégâts aux forêts et aux cultures, effets sur la diversité végétale. A Nogent-sur-Vernisson, les chercheurs approfondissent les connaissances sur les relations cervidés-milieu forestier afin de limiter les impacts sur les peuplements forestiers. Ces études consistent à suivre les animaux dans leurs diverses activités, plus particulièrement sur leurs sites de repos...
 

L’expansion démographique et géographique des ongulés sauvages est un phénomène généralisé dans l’hémisphère nord. En France, la présence simultanée du cerf et du chevreuil dans les forêts engendre des dégâts sur la végétation ligneuse. A plus long terme, leur consommation sélective perturbe la biodiversité végétale. Pour limiter les impacts sur les écosystèmes, les gestionnaires adoptent différentes stratégies allant du contrôle direct des populations, via les plans de chasse, à la gestion des habitats forestiers. Pour ce dernier volet, il est indispensable de concevoir des outils d’aide à la décision permettant d’anticiper l’impact des animaux sur la flore.
Depuis plus de 15 ans, de nombreuses études ont été menées au Cemagref afin d’estimer la capacité alimentaire des peuplements forestiers et de définir des seuils de pression sur le milieu. Or, les cervidés passent en moyenne 50% de leur temps au repos à l’abri des regards indiscrets. Pour estimer les potentialités d’accueil des forêts, il est donc nécessaire d’intégrer une nouvelle valeur liée au refuge, capacité du milieu à protéger contre le dérangement et le climat.

Les chercheurs mènent l’enquête
Afin de définir les préférences des chevreuils et des cerfs en matière de sites de repos, les chercheurs mènent des « enquêtes » sur le terrain dignes de celles utilisées par les services judiciaires. La forêt est quadrillée à la recherche d’indices de présence des cervidés. Il peut s’agir de fèces, de traces d’abroutissement (consommation de feuilles, de pousses ou de rameaux), de zones grattées (propres au comportement du chevreuil) ou encore de zones de dépression dans la végétation liées au repos des cervidés (appelées reposées). En cas de doute sur l’identité du locataire, une analyse ADN sur les poils recueillis sur la reposée est réalisée.

En forêt du Bougès, dans le Parc national des Cévennes, ce sont ainsi 425 sites de repos qui ont été décrits au cours de l’hiver et de l’été 1999 et 2000 : type de peuplement, couverts horizontal et latéral, topographie et dérangement (distances aux routes, pistes, lisières). Pour chaque reposée, un point apparié, choisi aléatoirement est également décrit afin d’estimer les critères de sélection des animaux à l’échelle du microhabitat. L’ensemble des résultats a fait l’objet d’une thèse* soutenue en 2003.

Attribuer une valeur refuge aux peuplements forestiers
En connaissant les critères de sélection des sites de repos des animaux, il est possible d’estimer la valeur refuge d’un milieu en fonction de la nature du couvert forestier. En 2004, une étude pilote réalisée en forêt de Perseigne, dans la Sarthe, a intégré l’évolution conjointe des valeurs refuge et alimentaire sur la durée d’un aménagement forestier, soit 20 ans. Les cartes obtenues permettent de visualiser la capacité d’accueil de la forêt à un instant donné et de suivre son évolution dans le temps en fonction du développement du couvert végétal. Ces documents mis à la disposition des forestiers doivent permettre d’anticiper l’importance des dégâts occasionnés par les cervidés et d’agir en amont. Un paramètre essentiel, compte tenu du temps nécessaire pour qu’une forêt se développe...

Le GPS pour valider les résultats des enquêtes
Aujourd’hui, de nouveaux travaux sont conduits à Nogent-sur-Vernisson dans le cadre d’un post doctorat. L’objectif est de confronter les critères sélectifs obtenus à partir des observations de terrain avec des données de suivis individuels d’animaux équipés de collier GPS. Sept cerfs, 4 mâles et 3 femelles, ont ainsi été suivis dans le Parc national des Cévennes une journée tous les deux mois, pendant plus d’une année. Outre l’acquisition de données sur le comportement à une échelle individuelle et populationnelle, la combinaison de ces deux approches permet de caractériser plus finement les zones de repos et de valider la pertinence de la valeur refuge attribuée aux peuplements forestiers.

* Sélection des sites de repos par le cerf et le chevreuil vivant en sympatrie en forêt tempérée de moyenne montagne ; thèse de C. Baltzinger (2003) ; co-encadrement Cemagref et INRA-Irgm

   

 


Y. Boscardin / Cemagref
 


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Pour en savoir plus
 


Dossier thématique : Enquête sur les dégâts des cervidés en forêt
 



Contacts
 


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Centre Cemagref de Nogent-sur-Vernisson
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Tél. +33 2 38 95 05 41
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Tél. +33 1 40 96 61 30
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