Les incendies représentent une des plus importantes perturbations subies par les écosystèmes
méditerranéens, avec 600 000 ha de parcelles brûlées chaque année sur l’ensemble du bassin
méditerranéen. Aujourd’hui, ce n’est pas tant l’étendue des dégâts occasionnés par les feux
qui préoccupe les chercheurs du Cemagref, que le comportement des peuplements végétaux
face à une succession de feux. Sécheresses climatiques répétées, accumulation de matériel
combustible du fait de la moindre exploitation de la forêt ou multiplication des zones de contact
entre habitat et milieux boisés augmentent les risques de départ et de propagation des feux.
Ainsi, par exemple, au cours des trois dernières décennies, le massif des Maures a connu une
douzaine d’incendies s’étendant sur plus de 1000 ha.
De nombreuses études ont été menées sur la dynamique forestière dans les années qui suivent
le passage du feu. En revanche, peu de travaux mesurent l’action répétée du feu sur les
écosystèmes. Comment évolue la dynamique végétale (biomasse, couverture, composition,
etc.) selon le nombre d’incendies et l’intervalle de temps entre deux feux ? Est-ce que les feux
passés rendent les peuplements végétaux plus inflammables et/ou plus combustibles ?
Un protocole expérimental
complexe
A Aix-en-Provence, les spécialistes du risque incendie côtoient des écologues travaillant sur
les écosystèmes méditerranéens. C’est à la croisée de ces deux domaines de recherche
qu’Alice Schaffhauser étudie l’impact des régimes de feux sur la dynamique des peuplements
végétaux et leur inflammabilité dans le cadre d’une thèse.
Pour étudier les effets de la récurrence des feux, la scientifique a bâti un protocole expérimental
autour d’un incendie de référence, celui de 1990 qui est l’un des plus grands feux qu’a connu
le massif des Maures. Cinq modalités ont été posées en fonction du nombre d’incendies subis avant ou après 1990. Outre la répétition du feu, ses travaux prennent en compte l’intervalle
entre les feux, la saison de l’incendie ainsi que son intensité selon les données historiques
disponibles.
Une centaine de placettes de 400 m2 ont été identifiées à partir d’une cartographie des feux
provenant de la DDAF puis validées par des photos aériennes de l’ONF et de l’IGN. Sur le
terrain, la biomasse combustible des peuplements est un autre critère qui a conditionné le choix
de ces placettes. Pour son étude, la scientifique s’est référée à la typologie des combustibles
établie par le Cemagref en 1996. Enfin, les placettes sont réparties à l’est et à l’ouest du massif
des Maures sur des substrats respectivement granitique et métamorphique.
Mieux comprendre l’inflammabilité et la combustibilité des peuplements
Si les feux passés sont susceptibles d’influer sur les perturbations futures, il est important
de caractériser l’inflammabilité et la combustibilité des peuplements. L’étude des litières
et des zones de contact avec la ligne basse des herbacées complétée par des tests de
brûlage en laboratoire renseignent sur l’inflammabilité ou les risques d’éclosion du feu. La
combustibilité, quant à elle, concerne la propagation du feu. Elle dépend de la composition
et de la biomasse des peuplements, mais aussi de la répartition spatiale des combustibles
(verticale, horizontale). Les arbustes comme la bruyère, le calicotome, l’arbousier, etc. sont
fortement combustibles. Il convient de les cartographier soigneusement et d’estimer leur
biomasse en fonction de leur âge et de leurs dimensions. Le taux de recouvrement de la
végétation est un dernier paramètre important qui influe sur la propagation du feu.
Les données collectées seront ensuite intégrées à un modèle comportemental de feu afin
d’estimer, en plus de l’inflammabilité, la combustibilité des peuplements et de confronter
les résultats obtenus à la réalité. En outre, le couplage avec un modèle dynamique de
la végétation permettra de simuler le risque incendie dans le temps. L’enjeu à terme est
d’affiner les pratiques de gestion pour limiter la répétition des catastrophes.
Des implications dans plusieurs programmes de recherche
La thèse d’Alice Schaffhauser menée au sein de l’équipe Ecosystèmes Méditerranéens
et Risques s’inscrit dans plusieurs programmes scientifiques. Est concerné au premier
plan le programme national IRISE, dont l’objectif est de mesurer les effets de la répétition
des incendies sur l’écosystème, incluant les végétaux, la microfaune et la microbiologie
du sol. à une plus grande échelle, les résultats vont étoffer le programme européen
Fire Paradox dédié aux incendies de forêts (végétation et modélisation du feu), avec un
éclairage particulier dans le massif cristallin des Maures. Par ailleurs, dans le cadre d’un
projet financé par la région PACA, les gestionnaires forestiers s’interrogent sur la mortalité
et la régénération du chêne liège dans les Maures suite à la répétition des incendies.
Enfin, un dernier projet soutenu par la Direction de la Nature et des Paysages concerne
l’évolution de la flore du massif des Maures après les feux. |