N°81- Août 2007

Inflammabilité et combustibilité des peuplements végétaux après les feux

Le feu est indissociable du paysage méditerranéen qu’il a façonné au cours des siècles. On peut cependant s’interroger sur les effets de la répétition des incendies sur le fonctionnement des écosystèmes. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que l’augmentation des épisodes de sécheresse, le mitage des milieux forestiers, la déprise agricole peuvent accentuer la fréquence des incendies sur un même lieu. Des recherches originales sont conduites sur la combustibilité et l’inflammabilité des successions végétales au fil des incendies.

Les incendies représentent une des plus importantes perturbations subies par les écosystèmes méditerranéens, avec 600 000 ha de parcelles brûlées chaque année sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Aujourd’hui, ce n’est pas tant l’étendue des dégâts occasionnés par les feux qui préoccupe les chercheurs du Cemagref, que le comportement des peuplements végétaux face à une succession de feux. Sécheresses climatiques répétées, accumulation de matériel combustible du fait de la moindre exploitation de la forêt ou multiplication des zones de contact entre habitat et milieux boisés augmentent les risques de départ et de propagation des feux. Ainsi, par exemple, au cours des trois dernières décennies, le massif des Maures a connu une douzaine d’incendies s’étendant sur plus de 1000 ha. De nombreuses études ont été menées sur la dynamique forestière dans les années qui suivent le passage du feu. En revanche, peu de travaux mesurent l’action répétée du feu sur les écosystèmes. Comment évolue la dynamique végétale (biomasse, couverture, composition, etc.) selon le nombre d’incendies et l’intervalle de temps entre deux feux ? Est-ce que les feux passés rendent les peuplements végétaux plus inflammables et/ou plus combustibles ?

Un protocole expérimental complexe

A Aix-en-Provence, les spécialistes du risque incendie côtoient des écologues travaillant sur les écosystèmes méditerranéens. C’est à la croisée de ces deux domaines de recherche qu’Alice Schaffhauser étudie l’impact des régimes de feux sur la dynamique des peuplements végétaux et leur inflammabilité dans le cadre d’une thèse. Pour étudier les effets de la récurrence des feux, la scientifique a bâti un protocole expérimental autour d’un incendie de référence, celui de 1990 qui est l’un des plus grands feux qu’a connu le massif des Maures. Cinq modalités ont été posées en fonction du nombre d’incendies subis avant ou après 1990. Outre la répétition du feu, ses travaux prennent en compte l’intervalle entre les feux, la saison de l’incendie ainsi que son intensité selon les données historiques disponibles.

Une centaine de placettes de 400 m2 ont été identifiées à partir d’une cartographie des feux provenant de la DDAF puis validées par des photos aériennes de l’ONF et de l’IGN. Sur le terrain, la biomasse combustible des peuplements est un autre critère qui a conditionné le choix de ces placettes. Pour son étude, la scientifique s’est référée à la typologie des combustibles établie par le Cemagref en 1996. Enfin, les placettes sont réparties à l’est et à l’ouest du massif des Maures sur des substrats respectivement granitique et métamorphique.

Mieux comprendre l’inflammabilité et la  combustibilité des peuplements

Si les feux passés sont susceptibles d’influer sur les perturbations futures, il est important de caractériser l’inflammabilité et la combustibilité des peuplements. L’étude des litières et des zones de contact avec la ligne basse des herbacées complétée par des tests de brûlage en laboratoire renseignent sur l’inflammabilité ou les risques d’éclosion du feu. La combustibilité, quant à elle, concerne la propagation du feu. Elle dépend de la composition et de la biomasse des peuplements, mais aussi de la répartition spatiale des combustibles (verticale, horizontale). Les arbustes comme la bruyère, le calicotome, l’arbousier, etc. sont fortement combustibles. Il convient de les cartographier soigneusement et d’estimer leur biomasse en fonction de leur âge et de leurs dimensions. Le taux de recouvrement de la végétation est un dernier paramètre important qui influe sur la propagation du feu. Les données collectées seront ensuite intégrées à un modèle comportemental de feu afin d’estimer, en plus de l’inflammabilité, la combustibilité des peuplements et de confronter les résultats obtenus à la réalité. En outre, le couplage avec un modèle dynamique de la végétation permettra de simuler le risque incendie dans le temps. L’enjeu à terme est d’affiner les pratiques de gestion pour limiter la répétition des catastrophes.

Des implications dans plusieurs programmes de recherche
La thèse d’Alice Schaffhauser menée au sein de l’équipe Ecosystèmes Méditerranéens et Risques s’inscrit dans plusieurs programmes scientifiques. Est concerné au premier plan le programme national IRISE, dont l’objectif est de mesurer les effets de la répétition des incendies sur l’écosystème, incluant les végétaux, la microfaune et la microbiologie du sol. à une plus grande échelle, les résultats vont étoffer le programme européen Fire Paradox dédié aux incendies de forêts (végétation et modélisation du feu), avec un éclairage particulier dans le massif cristallin des Maures. Par ailleurs, dans le cadre d’un projet financé par la région PACA, les gestionnaires forestiers s’interrogent sur la mortalité et la régénération du chêne liège dans les Maures suite à la répétition des incendies. Enfin, un dernier projet soutenu par la Direction de la Nature et des Paysages concerne l’évolution de la flore du massif des Maures après les feux.
   


A.Bechetoile


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