Le stockage des déchets non dangereux en phase d’exploitation se fait encore à ciel ouvert.
En percolant la masse de déchets, les eaux pluviales se chargent de polluants pour produire
des jus, nommés lixiviats, drainés au fond des casiers de stockage. La réglementation
française impose depuis 1997 l’utilisation d’une barrière d’étanchéité au fond de l’installation
pour limiter le transfert des lixiviats vers les sols. Une barrière de sécurité passive, couche
de matériau argileux, est associée à une barrière de sécurité active comprenant une
géomembrane surmontée d’une couche drainante. Le comportement hydraulique des
étanchéités composites constituées par l’association de la géomembrane avec le matériau
argileux était mal connu. En partenariat avec l’Ademe, le BRGM, l’Insa de Lyon, l’École
Nationale Supérieure des Mines de Paris, le LNEC (Portugal) et Queen’s University au Canada,
des recherches ont démarré au Cemagref dans les années 90 pour comprendre et quantifier
les transferts de lixiviats liés à l’existence de défauts dans la géomembrane.
Installation de stockage de déchets et fuite de lixiviats
Les installations de stockage de déchets sont divisées en casiers hydrauliquement
indépendants dans lesquels sont stockés les déchets. La géomembrane jointe à une couche
d’argile épaisse d’environ un mètre joue le rôle de barrière d’étanchéité. Les géomembranes
sont des produits à base de polymères, minces, souples, continus et d’une épaisseur
supérieure au millimètre. Toutefois, les géomembranes parfaites n’existent pas. Des défauts
peuvent apparaître. Sur les zéro à vingt défauts par hectare observés en moyenne, le quart
se fait à la pose de la géomembrane et les trois quarts à l’installation des granulats constitutifs
de la couche drainante.
Au Cemagref, des travaux pilotés par Nathalie Touze-Foltz ont permis la modélisation des
fuites liées à l’existence de défauts dans les géomembranes. Les lois hydrauliques disponibles
reliant le débit de fuite à la hauteur de lixiviat, à la taille du défaut et à la conductivité
hydraulique du sol ont été appliquées dans une démarche de confrontation de la théorie
à l’expérimentation.
De l’expérimentation à la modélisation
Les chercheurs ont découvert que
le débit de fuite peut varier d’un facteur 1000
selon l’épaisseur de l’espace entre la géomembrane
et l’argile, appelé interface. Pour quantifier ce
type de transfert, ils ont reproduit en laboratoire
les empreintes d’états de surface de sols relevées
sur le terrain. Chaque expérience nécessitant la
manipulation d’une tonne de matériel, ils se sont
orientés vers la réalisation de simulations
numériques d’écoulements. Les expériences numériques
ont permis la modélisation de diverses
configurations à l’interface et de positions de
défauts dans la géomembrane.
Une nouvelle génération de géosynthétiques
Les matériaux argileux peuvent être renforcés par des composites récemment mis au point,
les géosynthétiques bentonitiques. Ceux-ci se présentent sous la forme d’une couche de
bentonite, argile très gonflante, associée à un ou plusieurs géosynthétiques. Ces matériaux,
capables de réduire les fuites de lixiviat, s’avèrent prometteurs.
Les recherches s’orientent actuellement vers la modélisation en trois dimensions des étanchéités
composites et des phénomènes de transfert diffusif dans les géomembranes et les géosynthétiques
bentonitiques. Des avancées certaines ont ainsi été produites sur la connaissance de l’étanchéité
réelle des barrières, dont l’enjeu environnemental et socio-économique est très important.