Au sommaire :
• Entre banalisation et extinction, quel avenir pour les pays ?
Quelques éléments de prospective
Marc Guérin et Patrice Moquay
La réorganisation
des institutions locales françaises associe
décentralisation et recomposition institutionnelle,
notamment par le renforcement de l’intercommunalité et
la mise en place des pays. Une réflexion prospective
appliquée à ce dernier échelon permet de mettre à jour
les processus institutionnels à l’œuvre. Après avoir
présenté la démarche de prospective suivie, l’article
passe en revue les principaux déterminants de
l’évolution des cadres de l’action locale et présente
cinq scénarios d’évolution, chacun situant les « pays »
au sein d’un état différent du système de gouvernement
local. Ces scénarios reflètent les rapports de force
entre institutions locales et la dynamique générale de
l’administration territoriale de la République.
• La mise en place d’un observatoire de l’eau : le cas de l’observatoire du Bas-Rhin
Agnès Grandgirard, Rémi Barbier et Sophie Cailliez
Dans le cadre de la mise en
place d’un observatoire de l’eau, cet article
s’intéresse à la prise en compte des attentes plurielles
et foisonnantes des acteurs de l’eau. Dans un premier
temps, il faut ordonner ces attentes avant de pouvoir y
répondre de la manière la plus adéquate possible. Cette
question est illustrée ici par le cas concret du conseil
général du Bas-Rhin que nous avons accompagné dans sa
démarche de mise en place d’un tel observatoire. Nous
avons notamment mené une étude exploratoire afin, entre
autres, d’identifier les besoins des divers acteurs de
la gestion de l’eau dans le département. Cet article
présente la genèse de l’observatoire, puis s’intéresse
aux attentes des futurs usagers avant d’aborder leur
prise en compte dans les scénarios élaborés pour le
développement de l’observatoire. Enfin, nous concluons
sur les problèmes et questions soulevés par la prise en
compte des attentes des usagers.
• Des associations d’irrigants se réforment en façonnant ce qu’elles trouvent juste
et équitable
Patrice Garin et Sébastien Loubier
La refonte des règlements
comme la participation des usagers concernés sont
nécessaires à la durabilité des institutions collectives
d’irrigation, comme cela a déjà été souligné dans la
littérature. Cet article rapporte trois réformes
institutionnelles conduites par trois groupes
d’irrigants organisés en associations syndicales
autorisées (ASA) dans le département du Lot. Elles
aboutissent à des modalités différentes de partage des
ressources et du coût collectif de l’eau, pour des
groupements d’irrigants pourtant géographiquement
proches. Cette diversité est due à la variété de notions
de justice et d’équité mobilisées par les collectifs
impliqués. Il n’y a donc pas une tarification équitable
unique, une allocation juste, un système de contrôle
impartial, mais différentes solutions perçues comme
justes par ceux qui les conçoivent et les vivent. Ce
constat milite pour une grande autonomie des communautés
gérant des biens en commun dans la construction de leurs
règles de fonctionnement.
• Du bilan environnemental du diester de colza aux questions globales des transports
Bernadette Risoud
Constatant l’engouement pour
les agrocarburants et les espoirs parfois irréalistes
qu’ils suscitent, l’auteur reprend point par point les
résultats du bilan environnemental du diester de colza,
après avoir défini cette méthode. On aboutit ainsi à un
tableau plus nuancé, où les incertitudes sont fortes,
particulièrement pour l’impact sur l’effet de serre. De
là une discussion est conduite sur les enjeux pour
l’agriculture mondiale, en concluant sur les actions à
envisager pour réduire les transports.
• Gestion des plantes envahissantes : limites techniques et innovations socio-techniques
appliquées au cas des jussies
Marie-Jo Menozzi et Alain Dutartre
La jussie est une plante
exotique originaire du continent américain qui prolifère
dans les zones humides d’eau douce. Malgré la mise en
place d’actions de gestion de la plante, elle continue
de se développer et d’envahir différents sites. À partir
des échecs de certaines des actions mises en place, nous
nous interrogeons sur les facteurs qui contribuent à la
mise en place d’une gestion efficace de la jussie. Nous
observons que l’efficacité technique est loin de suffire
à la réussite des actions de gestion, mais que les
facteurs sociaux et culturels sont aussi importants et
que leur non-prise en compte réduit les possibilités de
réussite. L’exemple de la mise en place d’actions de
gestion avec la technique jugée la plus « archaïque »,
l’arrachage à la main, est utilisé pour illustrer le
processus d’innovation sociotechnique à l’œuvre dans
l’élaboration d’une gestion efficace de la plante.