N°88- Octobre 2008
 

La forêt, sa biodiversité... et l'homme

La forêt est gérée et exploitée par l’homme pour produire de l’énergie, bâtir, réguler certains processus écologiques (crues, érosion), nous offrir un cadre de loisirs... Elle constitue aussi un important réservoir de diversité biologique, dont dépend la productivité forestière de demain. Au Cemagref, le projet «Gestion forestière, naturalité, biodiversité», mené en partenariat avec l’Office National des Forêts (ONF) et les Réserves Naturelles de France (RNF), vise à comparer la biodiversité de forêts exploitées et non exploitées, afin de déterminer la réponse de la biodiversité à l’exploitation. Cette approche, inédite en France, devrait permettre de fournir des outils pour mieux gérer les ressources forestières.

La diversité biologique, à l’échelle du gène, de l’espèce comme de l’écosystème, constitue l’un des facteurs de l’adaptation des écosystèmes forestiers contraints par le changement global et, en particulier, le changement climatique. Alors qu’elle peut conditionner, en ce sens, la pérennité même de la forêt, la biodiversité pourrait être profondément modifiée par le mode de gestion forestière adopté. En raison, notamment, de la diminution de la quantité et de la qualité de bois mort dans les zones exploitées, 20 à 40 % des organismes forestiers qui en dépendent sont aujourd’hui menacés d’extinction dans plusieurs pays européens. En France, où la forêt couvre 15,3 millions d’hectares, soit 27,1 % de la surface du territoire, les populations d’oiseaux forestiers auraient par ailleurs reculé de 18 % entre 1989 et 2004.

Un état «zéro» de la biodiversité en forêts exploitées… ou non

La prise en compte de la diversité biologique dans les politiques sectorielles et les choix de gestion constituent une priorité de la Convention sur la diversité biologique, ratifiée par la France en 1994. Cependant, les outils et les données nécessaires pour quantifier l’impact de l’exploitation sur la biodiversité n’ont été jusqu’alors que peu développés, au regard des enjeux qu’ils représentent. Afin de palier ce manque et tester des indicateurs pertinents, les scientifiques du Cemagref à Nogent-sur-Vernisson développent une approche statistique basée sur des données de terrain qui consiste à mesurer la réponse à l’exploitation forestière de la biodiversité de sept groupes d’espèces différents (animaux, végétaux, champignons). L’étude, menée en partenariat avec l’ONF et les RNF, repose sur la comparaison de zones exploitées et non exploitées
-          soit indemnes de toute intervention humaine depuis au moins vingt ans
1
-          appartenant aux mêmes massifs forestiers métropolitains, situés en plaine et en montagne. Ce projet est une première en France, où aucune étude comparative de cette ampleur n’a été menée depuis les années 1960.

Au sein des massifs d’Auberive-Chalmessin (Haute-Marne), de Fontainebleau (Seine et Marne) et du Ventron (Haut-Rhin), 61 placettes d’études ont été installées au printemps 2008, puis décrites précisément (quantité de bois mort, composition en espèces et dimensions des peuplements d’arbres…). L’inventaire et l’analyse de la flore et de la faune s’y poursuit aujourd’hui, afin d’établir un véritable état «zéro» de la biodiversité en comparant, dans chaque massif, les zones exploitées avec celles qui évoluent naturellement. Les inventaires des espèces de mousses, de champignons, de plantes vasculaires, d’insectes, d’oiseaux et de chauves-souris sont réalisés par les réseaux de naturalistes de l’ONF et des RNF et par les scientifiques du Cemagref. Les données de terrain sont ensuite traitées statistiquement et modélisées. Ce travail sur trois massifs constitue un projet pilote visant à valider les méthodes de travail. Dans un avenir proche, le Cemagref, l’ONF et les RNF espèrent étendre cet inventaire à une vingtaine de massifs forestiers et élargir le partenariat scientifique de ce projet.

Des indicateurs de réponse à la perturbation

À terme, la comparaison entre forêts exploitées et forêts non exploitées devrait permettre d’identifier le ou les facteur(s) expliquant au mieux les variations de biodiversité observées : l’exploitation elle-même, la structure du peuplement forestier, la quantité de bois mort (présence de cavités, microhabitats) ou les caractéristiques propres aux forêts non exploitées… L’objectif du projet vise donc à tester la pertinence de différents indicateurs de gestion durable des forêts, à déterminer les parties de biodiversité qu’ils représentent le plus fidèlement, avec quelle intensité et dans quelles conditions de gestion. L’intégration des forêts non-exploitées dans le projet permet de mettre en évidence l’effet de facteurs qui n’auraient pu être considérés dans une analyse restreinte aux seules forêts exploitées.

Du 20 au 24 octobre 2008 aura lieu la première semaine paneuropéenne de la forêt. À cette occasion, le Cemagref organise, le 22 octobre prochain à Nogent-sur-Vernisson, une rencontre avec la presse sur le thème «biodiversité et gestion forestière». Une visite sur le terrain est également prévue. Le service de presse se tient à votre disposition pour plus d’informations au 01 40 96 61 30 ou au 04 42 66 69 76.

 Pour en savoir plus :
- Le site du projet GNB «Gestion forestière, naturalité, biodiversité» du Cemagref est accessible à
https://gnb.cemagref.fr/

- Le Cemagref est également co
organisateur du colloque «Biodiversité, naturalité, humanité - Pour inspirer la gestion des forêts», avec le WWF France, Réserves Naturelles de France (RNF), le Réseau Écologique Forestier Rhônes-Alpes (REFORA) et le comité Man and Biosphere France (MAB France).
Ce colloque se tiendra du 27 au 31 octobre 2008 à Chambéry (Savoie). Voir à
www.naturalite.fr


1 Réserves naturelles et réserves biologiques intégrales où la forêt évolue sans intervention humaine. Voir aussi à www.onf.fr/fontainebleau/reserve.htm

 

   

A. Dutartre


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Contacts
 


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Cemagref
centre de Nogent-sur-Vernisson
Yoan Paillet
Tél. 02 38 95 03 43 yoan.paillet@cemagref.fr
Frédéric Gosselin
Tél. 02 38 95 03 58
frederic.gosselin@cemagref.fr

Les publications des chercheurs  :
Yoan Paillet  
Frédéric Gosselin

 


Pour en savoir plus
 
Le site de la Semaine européenne des forêts

Présentation du Centre du Cemagref de Nogent-sur-Vernisson


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