Tout
le monde connaît, voire apprécie, la crème glacée…
Mais sait-on réellement comment elle se fabrique à
l’échelle industrielle ? Au cours du processus de
fabrication de cette crème glacée, le liquide ou
semi-liquide de départ est placé dans l’équipement
industriel, en l’occurrence un échangeur de chaleur,
dont la surface interne est raclée par les lames
d’un
rotor. Le liquide ou semi-liquide y subit des
changements brusques et rapides de température et
des cisaillements mécaniques à l’origine de
modifications importantes de sa qualité, en
particulier de sa viscosité. Cette crème va donc
passer d’un état liquide, un peu comme du lait
concentré, à un produit dont la texture est aussi
rigide qu’une crème glacé à l’italienne...
Une
consistance qui évolue au cours du temps
Une
telle évolution résulte de la formation progressive
d’une multitude de petits cristaux de glace, qui va
entraîner des modifications très importantes de la
façon dont le fluide s’écoule au sein de
l’équipement industriel. Ces modifications, qui
varient au cours du temps et au sein même de
l’échangeur, influent à leur tour directement sur
les températures dans le mélange. La viscosité du
produit évolue donc en permanence. Or, ces
mécanismes d’interaction, dans le fluide qui se
transforme, qui s’écoule et qui devient de plus en
plus consistant, sont encore peu connus et mal
maîtrisés. Aujourd’hui, ils constituent un verrou
technologique pour les industriels qui cherchent à
innover en créant de nouvelles textures et de
nouveaux produits, et un frein au développement de
nouveaux procédés.
Une solution… qui tient dans la main
Au
Cemagref, les scientifiques qui étudient ces
processus hydrodynamiques et thermiques complexes,
ont mis au point un outil expérimental aussi gros
qu’un pot de yaourt de 100 ml, permettant de simuler
le comportement d’un équipement industriel capable
de traiter des volumes de plus de 500 litres par
heure. Un tel simulateur permet d’appliquer toutes
les vitesses de changement de température et
d’intensités de cisaillements mécaniques que peuvent
subir par les produits, dans les équipements
industriels. Grâce à ce prototype de petite taille,
il devient possible de caractériser et de prédire
l’évolution du comportement à l’écoulement des
produits dans des conditions extrêmes, à -40 °C par
exemple, en fonction de différents paramètres, tels
que la durée, le débit, la pression, la température,
le raclage et la vitesse du rotor… La simulation, à
l’échelle du laboratoire, de ce qui se passe dans
les conditions réelles de fabrication, offre de
nouvelles perspectives aux industriels : ils
pourront ainsi tester un grand nombre de
formulations en peu de temps, avec un gain
économique certain… afin d’élaborer de nouveaux
produits aux propriétés inédites !
Un
autre simulateur travaillant sur un principe
similaire pour étudier la cuisson, le
refroidissement de desserts lactés a déjà fait
l’objet d’un dépôt de brevet en 2005, avec Danone
comme partenaire industriel.
Un projet ANR en toile de fond
Ces dispositifs ont été développés dans le cadre
du projet SIMPFRI (Sûreté, Innovation et
Maîtrise de l’énergie dans les Procédés
Frigorifiques). Ce projet est financé par
l’Agence Nationale pour la recherche (ANR) dans
le cadre de son Projet National pour la
recherche en Nutrition alimentation humaine,
lancé en 2005 par l’INRA. Par une démarche
située à la croisée du génie des procédés, de
l’hygiène, de la microbiologie et de
l’énergétique, il vise à mieux comprendre les
phénomènes de contamination microbienne dans les
équipements frigorifiques et à l’amélioration de
la performance énergétique de ces équipements.
Les quatorze partenaires impliqués dans ce
projet de recherche associent des compétences en
hygiène et sécurité des aliments, en mécanique
des fluides et aéraulique, en thermique et en
énergétique.
Pour en savoir plus :
http://simpfri.cemagref.fr/