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Plus de 100 000 molécules
chimiques utilisées par l’homme seraient
susceptibles de se retrouver dans les écosystèmes
aquatiques. Avec l’application de la DCE1,
la surveillance des cours d’eau s’est accrue en vue
d’atteindre le « bon état » chimique et écologique
des cours d’eau européens d’ici 2015. Ce cadre
réglementaire implique de disposer des moyens de
mesurer les pollutions et d’évaluer leurs impacts
sur les milieux et l’ensemble des êtres vivants,
puis d’envisager des mesures de restauration. Or,
s’il est aujourd’hui possible de doser des molécules
chimiques à ou sur un temps donné, il existe peu
d’outils d’évaluation de l’état écologique global
d’un milieu naturel.
Un modèle biologique original…
Au Cemagref à Lyon, les
scientifiques explorent une voie inédite pour mettre
au point de tels bio-indicateurs : l’utilisation des
biofilms naturels pour détecter les pollutions aux
pesticides dans les cours d’eau et comprendre les
effets de ces polluants sur le fonctionnement global
de l’écosystème aquatique. Ces biofilms, agrégats de
bactéries, d’algues et de champignons qui se
développent sur les supports immergés (voir
encadré), jouent un rôle prépondérant dans
l’écosystème : ils produisent de la matière
organique par photosynthèse, ce qui en fait l’un des
premiers maillons de la chaîne alimentaire,
dégradent la matière organique et recyclent les
nutriments.
…et un indicateur pertinent de la qualité du
milieu
Outre leur développement rapide,
l’intérêt de ces biofilms réside dans leur capacité
à interagir avec les substances dissoutes et en
particulier les pesticides, qu’ils peuvent dégrader,
et dans leur faculté à s’adapter rapidement aux
modifications de l’environnement. Une contamination
du milieu aquatique par ces substances peut ainsi
modifier leur structure, leur diversité
(représentativité des espèces qui le constituent) et
leur fonctionnement, altérant, par exemple, leur
activité photosynthétique, respiratoire ou
enzymatique, de manière transitoire ou irréversible.
Les biofilms seraient donc des indicateurs
pertinents de la qualité du milieu, capables de
fournir un signal d’alerte précoce en cas de
pollution aux pesticides ou à tout autre toxique.
Les recherches se poursuivent pour caractériser et
distinguer la réponse des biofilms aux facteurs
environnementaux, tels que vitesse du courant,
éclairement, composition physico-chimique, etc., de
celle due aux effets des pesticides. Cela permettra
de disposer, à terme, d’outils de bio-indication
fonctionnels, complémentaires des outils normés
existants qui sont essentiellement adaptés aux
pollutions par la matière organique2.
Parallèlement, les scientifiques cherchent à évaluer
les capacités du biofilm à dégrader in situ les
polluants. L’objectif est double : pouvoir évaluer
les capacités naturelles de biodégradation, afin de
les prendre en compte lors de la restauration des
cours d’eau contaminés et identifier les espèces de
bactéries ou de champignons les plus aptes à
dégrader les contaminants.
| Le biofilm naturel,
une association complexe de micro-organismes
Tout le monde a senti sous
ses pieds nus, en marchant sur les cailloux
immergés d’une rivière, la couche visqueuse
et glissante qui les recouvre. Cette
structure mucilagineuse est un biofilm
naturel, constitué d’un assemblage complexe
de plusieurs espèces de bactéries, d’algues
(vertes, bleues ou de type diatomées), de
champignons filamenteux… Cette association,
capable d’échanges cellulaires, voit sa
structure et son fonctionnement varier
suivant les paramètres environnementaux,
tels que la vitesse du courant, le régime
hydraulique, l’éclairement, les conditions
physico-chimique du milieu, etc. Les algues
photosynthétiques, présentes au sein du
biofilm lorsque le milieu est éclairé,
produisent la matière organique dont se
nourrissent les organismes brouteurs
(gastéropodes ou certains poissons). Les
bactéries et les champignons, non
photosynthétiques, dégradent et recyclent la
matière organique, participant ainsi
activement au cycle du carbone, de l’azote
et du phosphore. Le biofilm que l’on trouve
dans les milieux sédimentaires est dépourvu
d’algues. Il contient exclusivement des
bactéries et des champignons, ces derniers
étant également particulièrement représentés
au sein du biofilm qui colonise les feuilles
ou les bois immergés. |
Pour en savoir plus :
Microbial diuron-mineralization potential in a
small wine growing watershed: from treated plots to
lotic receiving hydrosystem, Pesce S.,
Martin-Laurent F., Rouard N., Devers M., Montuelle
B., 2009, Pest Management Science, Sous presse.
Les biofilms aquatiques : dans quelles mesures
permettent-ils de comprendre l’effet des pesticides
sur le fonctionnement des cours d’eau ? Exemple en
zone de vignoble, par Stéphane Pesce, Ahmed
Tlili et Bernard Montuelle. Revue Ingénierie-EAT
n°55-56, à paraître.
Effets conjoints de facteurs physiques (lumière
et vitesse du courant) et chimiques (pesticides) sur
la structure et la composition du périphyton : une
approche multi-échelles – thèse de Aurélie
Villeneuve, soutenue le 18 décembre 2008.
Co-direction Cemagref-Inra.
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1 Directive cadre
sur l’eau, adoptée par l’Europe en 2000, dont le
principal objectif est d’atteindre le bon état
écologique des cours d’eau européens à l’horizon
2015.
2 notamment les 3
indicateurs
spécifiques
répondant aux normes
AFNOR et aux critères de la
DCE, utilisés en France : l’IBD (indice
biologique diatomées), l’IBGN (indice biologique
global normalisé) et l’IPR (Indice poisson en
rivière), fondés sur la taxonomie.
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Contacts
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Contact scientifique :
Cemagref
centre de Lyon
Bernard Montuelle
bernard.montuelle@cemagref.fr
Tél. 04 72 20 87 52
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Contact
Presse :
Marie Signoret
Tél. +33 1 40 96 61 30
Tél. +33 6 77 22 35 62
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