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Jadis qualifié d’indomptable en raison de sa
puissance, de son régime hydrologique complexe et de
ses crues rapides, le Rhône s’est assagi depuis le
XIXème siècle avec le développement de nombreux
aménagements le long de son cours. Les digues et
chenaux de protection contre les inondations, puis
les barrages et les centrales1 - etc., ont
progressivement diminué le débit de certains
tronçons, modifié les conditions hydrauliques et le
fonctionnement du fleuve, affectant son écologie.
Retrouver un fleuve «vif et courant»
Afin d’améliorer ce
fonctionnement et la qualité environnementale du
Rhône, le programme décennal de restauration
hydraulique et écologique du Rhône est initié en
1998, mobilisant l’ensemble des acteurs du bassin.
Intégré au Plan Rhône interrégional en 2006, il a
pour objectifs l’augmentation des débits minimums du
fleuve à l’aval des barrages, la restauration des
bras secondaires progressivement déconnectés du
fleuve et l’amélioration de la circulation des
poissons migrateurs. Ce programme pluridisciplinaire
s’accompagne d’un important suivi environnemental
des opérations de restauration, portant sur les 8
secteurs restaurés du Rhône associés à 8 des 19
barrages qui jalonnent le fleuve en France, et d’une
quarantaine de ses bras secondaires. Ce suivi,
conduit par les scientifiques du Cemagref et de
l’université de Lyon, réunis au sein de la ZABR2,
devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2011. Cette
surveillance sur plus de 10 ans constitue une
opportunité pour les scientifiques en charge
d’évaluer la pérennité et l’effet des opérations de
restauration sur les milieux et les écosystèmes
pour, in fine, proposer des orientations de gestion
du fleuve. En effet, rares sont les opérations de
restauration, à l’échelle internationale, qui
bénéficient d’une telle durée. Celle-ci couvre, en
particulier, le temps de réponse à la restauration
des communautés de poissons, qui vivent de 3 à 20
ans suivant les espèces. En outre, l’approche
prédictive adoptée permet d’anticiper, à l’aide de
modèles, les effets de la restauration avant sa
réalisation. Elle offre ainsi un outil d’aide à la
décision pour les acteurs et gestionnaires,
applicable à la gestion des débits du fleuve et de
ses aménagements.
Une restauration fidèle aux prévisions
Plusieurs sites restaurés du Rhône ont donné lieu à
des retours d’expérience positifs comparables et
convergents, à l’exemple de Chautagne et de
Pierre-Bénite. Sur ce dernier, situé à l’aval de
Lyon, le débit minimum du fleuve a été augmenté en
2000 de 10 à 100 m3/s, après la mise en service
d’une centrale hydro-électrique à proximité du
barrage de Pierre-Bénite, et trois bras morts ont
été recreusés. Le suivi des effets de cette
opération, notamment sur les populations de poissons
et d’invertébrés, coordonné par le Cemagref de Lyon,
a révélé une évolution nette et rapide, conforme aux
simulations initiales : dans le lit principal, où la
hauteur d’eau a été multipliée par 2 et la vitesse
du courant par 5, la proportion de poissons typiques
des eaux courantes, tels que le hotu, l’ablette, le
barbeau et la vandoise, est ainsi passée de 15 à 43
%, entre 1995 et 2008. De même, l’aire de
répartition des espèces d’invertébrés aquatiques du
Rhône inféodées au courant s’est accrue et les
anciens bras morts ont été recolonisés par la
végétation typique de ces milieux.
La quantité de données physiques et biologiques
acquises dans le cadre du suivi du Rhône, combinée à
celles enregistrées depuis trente ans par les
partenaires de la ZABR, offre aux scientifiques le
recul nécessaire pour comparer l’état des
écosystèmes avant et après restauration, ainsi que
l’effet des mêmes opérations de restauration entre
les différents sites étudiés. D’ici 2011, le bilan
de cette première phase de suivi permettra de
distinguer les effets de la restauration de ceux
hérités de la construction des barrages ou encore du
réchauffement climatique sur le fonctionnement du
Rhône, devenu un véritable observatoire du vivant.
D’autres opérations de restauration étant prévues
jusqu’en 2014, les scientifiques sont donc loin d’en
avoir fini avec le Rhône…
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Pour en savoir plus :
Olivier J.M., Carrel G.,
Lamouroux N., Dole-Olivier M.-J., Malard
F., Bravard J.-P., Amoros C. (in press)
The Rhône river basin. In ‘Rivers of
Europe’. Academic Press, London
Lamouroux, N., Olivier, J.M., Capra, H.,
Zylberblat, M., Chandesris, A. and
Roger, P. (2006). Fish community changes
after minimum flow increase: testing
quantitative predictions in the Rhône
River at Pierre-Bénite, France. Freshwater Biology, 51(9), 1730-1743. |
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G. Carrel
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1 Le Rhône est à
l’origine d’un quart de la production
d’hydroélectricité en France. Source CNR,
Compagnie nationale du Rhône,
www.cnr.tm.fr.
2 La Zone atelier
du bassin du Rhône qui a le statut de Groupement
d’Intérêt Scientifique (GIS) depuis le 20
octobre 2005, rassemble 13 établissements de
recherche et plus de 20 équipes recouvrant une
douzaine de disciplines scientifiques
(climatologie, écologie des hydrosystèmes
fluviaux, économie, etc. Elle a obtenu le label
«Zone Atelier» du Programme Environnement Vie et
Société du CNRS en Octobre 2001.
www.graie.org/zabr/presentation/index.htm
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Contacts
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Contact scientifique :
Cemagref - Lyon
Nicolas Lamouroux
nicolas.lamouroux@cemagref.fr
Tél. 04 72 20 87 84
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Contact
Presse :
Marie Signoret
Tél. +33 1 40 96 61 30
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